Afrique du Sud : la filière viticole secouée par la chute brutale des ventes d'alcool liée à l’épidémie

L’effondrement des exportations de vins durant l’épidémie de Covid-19, doublée de la décision des autorités d’interdire la vente d’alcool, a eu des conséquences désastreuses pour la filière viticole du pays, qui emploie 300 000 personnes.

Vendanges dans vallée du Fransschoek, dans  la région du Cap (Afrique du Sud),le 03 mars 2013.
Vendanges dans vallée du Fransschoek, dans  la région du Cap (Afrique du Sud),le 03 mars 2013. (ANTOINE LORGNIER / ONLY WORLD / Only France via AFP)

Au début de la pandémie, l'Afrique du Sud a pris la décision d'interdire la vente d'alcool. Cette stratégie a fonctionné : les accidents et la criminalité ont reculé, soulageant les hôpitaux qui devaient se préparer à l'afflux de malades du coronavirus. En plus d'interdire la vente d'alcool pendant neuf semaines, les autorités sud-africaines ont aussi prohibé les exportations de vin pendant six semaines, un coup dur pour la filière.

Exportations à l’arrêt

Le marché et les ventes à l'étranger étaient déjà très perturbés par la fermeture des frontières. "Nous sommes le seul pays au monde où les exportations de vin n'étaient pas autorisées", s'indigne Boyce Lloyd, PDG de KWV, l'un des principaux producteurs.

Dans des pays comme le Canada, la Suède, la Finlande, les millésimes sud-africains, ont disparu très rapidement des rayons, explique le patron de KWV, important producteur de vins et d'alcool.

A cause de l'interdiction des ventes d'alcool, environ 18 000 emplois ont été perdus. (...) On estime qu'à long terme, jusqu'à 80% de nos caves pourraient fermerMaryna Calow, porte-parole de l'organisation Wines of South AfricaAFP

Les deux interdictions ont finalement été levées, seulement partiellement pour la vente d'alcool, qui reste interdite du vendredi au dimanche. Mais le mal est fait et la situation reste extrêmement compliquée pour les viticulteurs, d'autant qu'ils doivent faire face maintenant à des retards significatifs dans les exportations.

L’activité portuaire très perturbée par l'épidémie

L’Afrique du Sud est un des pays africains les plus touchés par l’épidémie. C'est pourquoi "au terminal du Cap, il y a eu de gros problèmes de personnel qui ont contracté le coronavirus. Il fonctionne à 50% de sa capacité", explique Boyce Lloyd. En moyenne, les retards de livraison sont de l'ordre de deux à trois semaines actuellement, précise-t-il. Avant le confinement, 90% des exportations étaient livrées dans les temps. En juin, ce chiffre est tombé à 55%. 

Selon Maryna Calow, des producteurs ont rencontré aussi des difficultés pour importer des bouchons du Portugal ou encore du verre d'Europe pour leurs bouteilles, ce qui complique encore leur travail.

Seul petit espoir, les viticulteurs sud-africains ont tous observé une explosion de leurs ventes depuis la levée, début juin, de l'interdiction de la vente des alcools.
"Les gens n'ont pas pu acheter d'alcool pendant deux mois, du coup on doit gérer maintenant l'accumulation des commandes", explique Boyce Lloyd. La demande est telle que KWV a même dû fermer temporairement son service de commandes en ligne. Mais il n'est pas sûr que cet afflux soudain suffise à rattraper les deux mois d’arrêt de l'activité.