Coronavirus : à son tour, l'Afrique du Sud ferme ses frontières et ses écoles

L'économie du pays déjà mal en point risque de se contracter encore plus.

Dans les rues de Johannesburg en Afrique du Sud, le 11 mars 2020, un homme vend des dosettes hydroalcooliques aux passagers des voitures 20 rands (1,10 euro) la dose.
Dans les rues de Johannesburg en Afrique du Sud, le 11 mars 2020, un homme vend des dosettes hydroalcooliques aux passagers des voitures 20 rands (1,10 euro) la dose. (GUILLEM SARTORIO / AFP)

Le 15 mars, l'Afrique du Sud a fermé ses frontières avec tous les pays à risques. Mercredi 18 mars, toutes les écoles du pays seront fermées. Dans le même temps, tous les rassemblements de plus de 100 personnes sont interdits. Si le pays ne compte pas encore de décès, le nombre de cas de malades du coronavirus ne cesse de croître. Le président Cyril Ramaphosa a annoncé ce 15 mars que le pays dénombrait 61 cas et que la transmission à l'intérieur du pays avait commencé.

Dans le même temps, le président a annoncé des mesures d'accompagnement pour soutenir l'économie nationale, car bien sûr les conséquences risquent d'être sévères pour un pays déjà vacillant. "Cela consistera en un train de mesures notamment fiscales qui seront prises en accord avec les entrepreneurs et le monde syndical", a précisé Cyril Ramaphosa.

Quels risques pour l'économie ?

La fermeture des frontières, qui s'entend aussi par la suspension des liaisons aériennes, va considérablement toucher le tourisme dans le pays. Au total, 35 points d'entrée terrestre et six des huit ports devraient être fermés.

Première conséquence, la bourse de Johannesburg (JSE) a dévissé le 16 mars et a perdu 6% atteignant son plus bas niveau depuis 2013. Et le pire reste sans doute à venir. Le rand, la monnaie nationale, a quant à elle perdu 1,94% face au dollar. Or, le pays se débat dans une crise qui n'en finit pas.

Près du tiers de la population (29,1%) est déjà au chômage. Le secteur minier, essentiel pour le pays, ne cesse de réduire ses effectifs. Dans un contexte de chute des cours, les entreprises doivent faire face à un manque de compétitivité. Eskom, la compagnie nationale d'électricité, multiplie les coupures, incapable de fournir le réseau, ce qui impacte bien évidemment la production des entreprises.

Dépendance à la Chine

L'économie sud-africaine subissait déjà le ralentissement de sa partenaire chinoise. "Les ventes de fer, de manganèse et de chrome représentent en valeur les deux tiers des exportations totales de l'Afrique du Sud vers la Chine", explique l'AFP. C'est dire si le ralentissement de l'économie chinoise va se faire sentir. Le marché chinois absorbe chaque mois 450 millions d'euros de métaux sud-africains. Cette dépendance se revèle dans l'anecdote suivante : en bloquant ses achats de homards, Pékin a fait chuter de deux tiers le prix du crustacé vendu en quasi totalité sur le marché chinois.

Le tourisme menacé

En fermant ses frontières, Pretoria se prive également de l'autre manne essentielle à l'économie, le tourisme. Selon le Conseil mondial du voyage et du tourisme, le secteur contribue directement et indirectement à 10% du PIB sud-africain et a rapporté en 2018 au pays 139 milliards de rands (7,5 md d'euros), rapporte l'AFP.

Or le bouclage aérien cible les pays occidentaux et la Chine. Soit une grande part de la clientèle des célèbres et nombreux "Safari lodges" d'Afrique du Sud. Le secteur du tourisme fait travailler plus de 700 000 personnes directement et 2,5 millions indirectement selon les chiffres di site Afrique Renouveau. En 2016, dix millions de touristes ont visité le pays, souligne le même site.

En Afrique du Sud, comme dans de nombreux autres pays, les autorités mettent en garde la population. Les deux ou trois prochaines semaines seront cruciales, a annoncé le ministre de la Santé, Zweli Mkhize. Et si les mesures prises ne suffisent pas à endiguer la propagation du virus, des mesures plus radicales seront prises, y compris de confinement.