Pour l'écrivaine Tsitsi Dangarembga, le Zimbabwe a besoin de #MeToo

La campagne planétaire #MeToo a toute sa place au Zimbabwe. C'est l'avis de l'écrivaine et cinéaste Tsitsi Dangarembga, 59 ans, qui constate que «les femmes sont toujours réduites au silence» dans son pays. Elle s'en est expliqué au Salon du livre de Francfort 2018, à l'occasion de la sortie de nouveau roman «Tambu», dernier d'une trilogie qui clôt les aventures de son héroïne Tambudzai.

L\'écrivaine zimbabwéenne Tsitsi Dangarembga à la foire du livre de Francfort, dans l’ouest de l’Allemagne, le 12 octobre 2018.
L'écrivaine zimbabwéenne Tsitsi Dangarembga à la foire du livre de Francfort, dans l’ouest de l’Allemagne, le 12 octobre 2018. (Daniel ROLAND / AFP)

A fleur de peau l'a rendue célèbre à travers le monde en 1988. Trente après la publication de ce roman culte, qui raconte la lutte d'une jeune fille pour échapper à la pauvreté et accéder à l'éducation, Tsitsi Dangarembga revient sur la scène littéraire africaine avec Tambu. Il y est question de la discrimination contre les femmes pendant le régime du président Robert Mugabe. Le livre décrit une société à l'économie en déroute, marquée par les traumatismes de la guerre et de l'époque post-colonialiste. 

«C'est l'histoire d'une Zimbabwéenne moyenne qui ne fait rien de particulier, si ce n'est survivre de jour en jour», a raconté l'écrivaine à l'AFP. «Parfois, on ne le fait pas de façon très élégante, ou très morale, mais on s'en sort», a-t-elle ajouté.
 
Elle regrette que la campagne planétaire #MeToo contre les agressions sexuelles visant les femmes n'ait pas encore porté ses fruits. «Je veux parler des mauvais traitements dont j'ai souffert, qui m'ont volé huit années de ma vie. Je veux devenir l'une des figures du mouvement #MeToo», dit-elle. «La violence est structurelle dans notre société et je pense qu'il faut s'en occuper (...) si on veut la vaincre», a encore insisté Tsitsi Dangarembga.
 
Les changements se font attendre
The Book of Not (non traduit en français) et A fleur de peau ont été écrits à la première personne. Mais pour le dernier de sa trilogie, l'auteure explique qu'elle eu besoin de prendre des distances avec son héroïne et a donc préféré utiliser la deuxième personne, certaines expériences de la vie de Tambu étant «trop douloureuses».

L'écrivaine zimbabwéenne qui a passé de lognues années en Allemagne et en Grande-Bretagne se trouvait au Zimbabwe au moment du coup d'Etat militaire qui a renversé, en 2017, Robert Mugabe, 93 ans, au pouvoir depuis l'indépendance du pays en 1980. Depuis cette éviction, «les changements se font attendre», regrette Tsitsi Dangarembga, dans un pays économiquement à genoux et toujours instable.
 
Le déclenchement de l'affaire Weinstein en 2017 a provoqué une libération de la parole contre les violences sexuelles et sexistes et le hastag #MeToo en est devenu le symbole sur Twitter. 

Un rapport de la Banque mondiale en 2016, cité par Jeune Afrique, relevait qu'un tiers des Africaines avaient été ou étaient victimes de violences ou de harcèlement. Une Africaine sur deux disait accepter la violence conjugale comme une fatalité.