Passé colonial belge : le Parlement de Bruxelles va installer une commission spéciale

Ces dernières semaines, plusieurs statues représentant le roi colonisateur Léopold II ont été vandalisées ou déboulonnées à travers le pays, répondant au souhait des partisans d'une "décolonisation de l'espace public".

Statue équestre du roi Léopold II, enduite de peinture et de graffitis, à Bruxelles le 10 juin 2020 
Statue équestre du roi Léopold II, enduite de peinture et de graffitis, à Bruxelles le 10 juin 2020  (VIRGINIA MAYO/AP/SIPA / SIPA)

Un accord de principe est intervenu le 17 juin 2020 au Parlement belge sur la formation d'une commission chargée d'examiner tous les aspects de la colonisation du Congo, du Rwanda et du Burundi. Et ce au moment où ce passé resurgit sur fond de manifestations antiracistes. Il devrait s'agir d'"une commission spéciale", uniquement constituée dans le but de réaliser ce travail de mémoire, selon des sources parlementaires concordantes. Elle devrait commencer son travail en septembre.

La décision de sa mise en place reviendra à la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants, chargée d'établir le cadre de travail et d'arrêter le choix des intervenants, a-t-on expliqué de mêmes sources.

Plaies du passé

La mort de l'Afro-Américain George Floyd, étouffé fin mai sous le genou d'un policier aux Etats-Unis, a ravivé en Belgique les plaies du passé colonial. Conséquence principale : la représentation du défunt roi Léopold II, qui régna de 1865 à 1909, a été prise pour cible. Pour beaucoup, il incarne la brutalité de cette période. Plusieurs statues représentant le souverain ont été vandalisées ou déboulonnées de force à travers le pays, répondant au souhait des partisans d'une "décolonisation de l'espace public".

Le président de la Chambre, le libéral flamand Patrick Dewael, a estimé qu'il était temps que la Belgique fasse la lumière sur son passé colonial. Il a appelé de ses vœux la mise en place d'une "commission Vérité et réconciliation", comme la commission du même nom mise en place après le démantèlement du régime raciste de l'apartheid en Afrique du Sud. 

Une proposition de résolution déposée le 10 juin par le groupe Ecolo-Groen, appelant à "assumer ce passé en évoquant les abus commis", pourrait servir de base au travail de la future commission. Celle-ci devrait intégrer des historiens et experts des pays africains concernés, selon le député de ce groupe Simon Moutquin.

"Responsabilité morale"

En 2000-2001, une commission d'enquête parlementaire s'était penchée sur le contexte de l'assassinat en janvier 1961 de Patrice Lumumba, éphémère Premier ministre du Congo devenu indépendant le 30 juin 1960. Elle avait conclu à la "responsabilité morale" de "certains ministres et autres acteurs" belges.

Jusqu'à présent, le Parlement ne s'était jamais saisi du passé colonial dans sa globalité. Outre le Congo (l'actuelle République démocratique du Congo, ex-Zaïre), l'empire colonial belge comprenait également en Afrique le Ruanda-Urundi, territoire qui deviendra le Rwanda et le Burundi après son indépendance en 1962.

Autre geste : le 4 avril 2019, Bruxelles a officiellement présenté ses excuses "pour les injustices et les souffrances" subies par les milliers d'enfants métis nés de pères belges au Congo, Rwanda et Burundi pendant la période coloniale. Enfants qui furent par la suite arrachés à leurs mères africaines et furent victimes de ségrégation. Ils furent souvent confiés à des institutions religieuses.