N'Goné Fall : "La Saison Africa2020 est une extraordinaire aventure humaine qui n'est pas terminée"

L'événement a réuni plus de quatre millions de visiteurs pour toutes les manifestations programmées dans ce cadre dédié au continent africain. Entretien avec sa commissaire générale, N'Goné Fall. 

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Logo de la Saison Africa2020  (SAISON AFRICA2020)

N’Goné Fall a consacré quarante mois de son existence à la Saison Africa2020 qui a officiellement pris fin le 30 septembre 2021. Retour sur un événement singulier par son envergure, ses ambitions et les conditions de sa tenue avec sa commissaire générale.  

Franceinfo Afrique : Comment s'est passée cette Saison Africa2020 ?

N’Goné Fall : Ça s’est bien passé ! Nous avons commencé le 1er décembre 2020 avec des projets en présentiel en Guyane et en Martinique et en virtuel sur Paris. Pour relever le défi du second confinement durant lequel des établissements sont restés fermés durant sept mois – cinémas, théâtres, musées et monuments –, les opérateurs ont été obligés de se réinventer une fois de plus. Certains, dont les expositions étaient prêtes, ont organisé des visites virtuelles. De nombreux projets étaient accessibles aux professionnels, aux scolaires et aux journalistes. Le sommet de septembre, temps fort autour du débat d’idées sur les treize enjeux du XXIe siècle qui portent la Saison, s’est déroulé en ligne. Nous avons commencé le 26 février 2021 avec une leçon inaugurale d’Achille Mbembe et le sommet s’est terminé le 1er avril avec un colloque autour de l’Awalé (jeu de stratégie, NDLR), les sciences et les mathématiques.

L’avantage d’être en numérique, c’est qu’on touche le monde entier. On n'est plus du tout sur un public français qui serait allé découvrir tel ou tel projet à proximité de son domicile. Nous avons ainsi connu des pics de connexion en provenance d’Afrique, d’Asie du Sud-Est et d’Amérique du Nord. Cela a permis de donner plus de visibilité à l’international à ces projets. Une demande de tous ces publics en dehors de France a ainsi émergé pour continuer à disposer de versions numériques. Nous avons donc fortement recommandé à d’autres partenaires de faire des lives sur les réseaux sociaux et de les mettre en replay pour que les gens puissent les regarder tranquillement après. C’est grâce à cela que le public a réagi sur les réseaux sociaux et s'est abonné aux nôtres. Un mal pour un bien : ce confinement-là nous a permis de toucher une audience qui allait au-delà du public français.

La pandémie a permis à la Saison de se réinventer, mais son contenu y a-t-il également contribué ?

S’adapter à des contextes compliqués, c’est culturel. C’est valable pour tous mes collègues sur le continent et moi-même parce que nous vivons dans des contextes compliqués sur le plan urbain, en matière d'accès au numérique ou encore au niveau politique, social et économique. Nous sommes dans des territoires où nous ne sommes pas subventionnés par des Etats, contrairement à la France. Cette capacité de résistance des sociétés africaines, nous l’avons transmise à nos partenaires français. Dès le premier confinement, j’ai eu énormément de discussions avec tous nos partenaires parce que nous avons vite compris qu’avec le Covid, à deux mois de l’ouverture de la Saison, ce serait compliqué. Il fallait par conséquent trouver de nouvelles dates. Petit à petit, les choses se sont mises en place avec eux. A chaque fois, une solution a été trouvée, entre autres pour garder la qualité des projets. Il était impératif de ne pas oublier les fondamentaux.

La Saison, ce sont des chiffres impressionnants. Quel est celui le plus marquant selon vous ?

C’est le nombre de projets pédagogiques. Nous en avons fait 350 et nous n’avons pas fini de les compter parce que nous recevons encore les rapports d’activités des partenaires. C’est un défi de commencer à faire un bilan rétrospectif alors que la Saison n’est pas encore terminée. Ce que je garde, c’est ce volet éducation auquel je tenais beaucoup. Je souhaitais que l'Education nationale se mobilise vraiment et qu'on puisse faire des choses de la maternelle jusqu'au lycée. C'était important par rapport à cette thématique de la diffusion des connaissances. Offrir à la France les outils pédagogiques de L'Histoire générale de l'Afrique, j'y tenais beaucoup. C'est l'acte le plus symbolique de la Saison que de dire que l'Afrique offre un corpus de son savoir à la France et que, dorénavant, quand elle doit enseigner l'Afrique, elle peut s'appuyer sur des documents validés à l'échelle de l'Union africaine pour éviter des interprétations libres. Nous avons fait un plan national de formation et 150 professeurs ont été formés. Nous avons rédigé des fiches pédagogiques qui sont à leur disposition. 

Il s’agissait également pour moi de concevoir des projets pédagogiques au-delà des écoles, parce que nous en avons eu énormément en France et sur le continent africain. Nous avons eu aussi des partenaires comme les musées, les centres d’art, des associations et des théâtres qui ont fait un effort incroyable en médiation pour créer des livrets pédagogiques et qui ont organisé des ateliers pour les enfants... Je tenais également à ce qu’il y ait un programme de mentorat pour un transfert de savoir-faire et de compétences. Onze jeunes, originaires de onze pays africains, sont venus entre décembre 2020 et janvier 2021 pour faire le service civique dans onze structures partenaires. Il en reste encore trois et ils vont repartir dans les jours qui viennent. L’expérience a suscité des vocations : deux des volontaires veulent devenir commissaires d’exposition, un autre souhaite faire carrière dans le théâtre parce qu’il a fait son service civique au Théâtre national de Bretagne. 

Des événements se poursuivent encore dans le cadre de la Saison, mais qu'est-ce qui lui survivra véritablement ?

C’est sur le long terme que l’on saura. Effectivement, il y a des expositions qui ont tardé à être accessibles au grand public et des dates ont été de ce fait prolongées. Par exemple, l’exposition d’El Anatsui à la Conciergerie : elle se termine le 14 novembre. De même, La Réunion vient d’ouvrir une exposition qui s’achèvera le 27 novembre. Il va continuer à se passer des choses. Tout ce qui est en numérique et le replay sont bien évidemment disponibles indéfiniment.

Combien de personnes ont découvert les projets de la Saison ?

Nous sommes en train de recevoir les statistiques des différents opérateurs. Le comptage n’est pas fini et nous en sommes déjà à plus de quatre millions de visiteurs. Les gens étaient au rendez-vous parce qu'avoir été privés d’activités pendant des mois leur a donné soif de se rencontrer. Quand je disais que je place l’humain au cœur de la Saison, cela rime avec rencontres. Nous l’avons vu le 20 mai 2020 quand tout a rouvert, tout le monde était dehors. Le public était au rendez-vous partout.

Comment résumeriez-vous la Saison Africa2020 ?

C’est une extraordinaire aventure humaine qui n’est pas terminée. Cette Saison est un mouvement qui a commencé avant et qui va continuer après. La Saison Africa2020 s’arrête, mais de la même manière que j’avais dit pendant le confinement que l'événement était reporté mais que son esprit était intact. Là, c'est pareil. J’ai hérité de cet état esprit, je l’ai insufflé à cette Saison et je le remets à la génération suivante.

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