Cannes 2021 : le Marocain Nabil Ayouch et le Tchadien Mahamat-Saleh Haroun, deux habitués de la Croisette, en lice pour la Palme d'Or

"Lingui" de Mahamat-Saleh Haroun et "Haut et fort" de Nabil Ayouch sont en compétition pour la 74e édition du Festival de Cannes.

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
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Photos des films "Lingui" de Mahamat-Saleh Haroun (à gauche) et "Haut et fort" de Nabil Ayouch en compétition pour la Palme d'Or de la 74e édition du Festival de Cannes.    (PILI FILMS - MATHIEU GIOMBINI/VIRGINIE SURDEJ - AMINE MESSADI/FESTIVAL DE CANNES)

Si les films africains sont rares à Cannes, les leurs ne le sont pas. Nabil Ayouch, qui a les honneurs de la compétition pour la première fois, tout comme le Maroc qu'il représente, et le Tchadien Mahamat-Saleh Haroun comptent parmi les 23 aspirants, connus pour l'heure, à la Palme d'Or. Ils y présenteront respectivement Haut et fort et Lingui en compétition lors de la 74e édition du Festival de Cannes qui se tiendra du 6 au 17 juillet 2021. Dans le premier, les héros sont jeunes et, dans le second, les femmes sont des héroïnes.

"Haut et fort", un film qui "vient témoigner"  

"Anas, ancien rappeur, est engagé dans un centre culturel d’un quartier populaire de Casablanca. Encouragés par leur nouveau professeur, les jeunes vont tenter de se libérer du poids de certaines traditions pour vivre leur passion et s’exprimer à travers la culture hip hop", indique le synopsis de Haut et Fort de Nabil Ayouch. Il y évoque "cette jeunesse marocaine", a expliqué Thierry Frémaux, le délégué général du Festival de Cannes, lors de la conférence de presse qui s'est tenue le 3 juin. Le film "parle de cette beauté de la jeunesse, (...) de son appétit de vivre, de son appétit de faire de la musique, de son appétit d'écrire, de son appétit de faire du rap". "Il y a quelque chose qui n'est jamais dit sur le Maghreb, sur le Maroc, et donc comme ça, en une heure et demi, un film vient témoigner", a conclu Thierry Frémaux.   

Réagissant à l'annonce de son entrée en compétition officielle, Nabil Ayouch a exprimé, sur les antennes du média marocain Medi1TV, son "immense joie" et son "immense fierté" pour son pays et le cinéma marocain. "Je ne m'attendais pas du tout à ce qu'on arrive à monter en compétition officielle", a déclaré le réalisateur révélant avoir eu, certes, des échos positifs de la Quinzaine des réalisateurs, une section parallèle du Festival de Cannes où il a déjà concouru, mais soulignant que son film avait été vu parmi les derniers par les sélectionneurs de "l'officielle".

Dans la Sélection officielle justement, Nabil Ayouch est déjà passé par la case Un Certain Regard en 2012 avec Les Chevaux de Dieu, une fiction adaptée du livre de l'écrivain marocain Mahi Binebine Les Etoiles de Sidi Moumen. Il retrace le parcours des jeunes kamikazes à l'origine de la série d'attentats terroristes à Casablanca le 16 mai 2003. Le cinéaste franco-marocain reviendra à Cannes, trois ans plus tard, pour Much Loved projeté à la Quinzaine des réalisateurs. Le film qui traite de la prostitution dans le Royaume chérifien a été interdit dans son pays et a valu à son réalisateur et à sa comédienne principale, Loubna Abidar, des menaces de mort. Agressée, l'actrice a fini par s'exiler. 

Haut et fort, a confié Nabil Ayouch à la chaîne de télévision marocaine 2M, est inspiré "d'une rencontre" avec son compatriote, Anas Bawss "qui, lui-même, est un ancien rappeur". "Un jour, (il) est arrivé dans le centre Les Etoiles de Sidi Moumen de la Fondation Ali Zaoua (dont le réalisateur est à l'origine et qui œuvre à la réintégration sociale des jeunes par la culture, NDLR) et "a décidé de créer avec nous un programme qu'il a lancé", baptisé la Positive School, et "c'est un programme de hip hop." Haut et fort, le septième long métrage de fiction de Nabil Ayouch, est ainsi né de l'observation des jeunes qui évoluent dans ce programme et de celui qui les encadre.  

"Je souhaitais dresser le portrait d’une femme tchadienne telle que j'en connais"

C'est également en observant que Mahamat-Saleh Haroun a donné corps à Lingui. "C’est un mot tchadien. Lingui, c’est le lien (...) Je ne peux exister que parce que l’autre existe, c’est cela le lingui, un lien sacré. Au fond, c’est une philosophie altruiste. Ce mot résume la résilience des sociétés confrontées à des choses assez dures", explique le cinéaste tchadien dans un entretien qui figure dans le dossier du presse du film. Lingui, c'est l'histoire d'Amina qui élève seule sa fille Maria, une adolescente de 15 ans à N'Djamena, la capitale tchadienne. "Son monde déjà fragile s’écroule le jour où elle découvre que sa fille est enceinte. Cette grossesse, l'adolescente n’en veut pas. Dans un pays où l'avortement est non seulement condamné par la religion, mais aussi par la loi, Amina se retrouve face à un combat qui semble perdu d’avance", annonce le synopsis. 

"Cela faisait un moment que je souhaitais dresser le portrait d’une femme tchadienne telle que j’en connais. Ce sont des femmes célibataires, veuves ou divorcées, qui élèvent seules des enfants. Souvent mal vues par la société, elles se débrouillent pour s’en sortir. J’ai connu une de ces femmes qui s’est retrouvée seule avec ses enfants après la mort de son mari. Pour gagner sa vie, elle s’est mise à récupérer des sacs en plastique pour fabriquer des cordes et les vendre. Je voulais rendre compte de la vie de ces femmes un peu marginalisées, mais qui ne se vivent pas comme des victimes. Ce sont les petites héroïnes du quotidien", estime Mahamat-Saleh Haroun. Quant à l'avortement, ajoute le réalisateur tchadien, il "est toujours interdit" dans son pays. "Mais certains médecins le pratiquent ouvertement, pour venir en aide aux femmes en détresse. Au nom du lingui, bien entendu.Tout cela m’a inspiré le sujet de ce film." Lingui ouvre les portes de la compétition pour la troisième fois au cinéaste qui a décroché, en 2010, le prix du Jury pour Un Homme qui crie et présenté Grigris en 2013. Mahamat-Saleh Haroun a été également membre du jury présidé par l'acteur américain Robert De Niro en 2011. 

En dehors de la compétition officielle du Festival de Cannes, d'autres cinéastes africains sont attendus sur la Croisette. L'Egyptien Omar El Zohairy est en compétition à la Semaine de critique, l'autre section parallèle du festival avec son premier film, Feathers, l'histoire d'un tyrannique père de famille transformé en poule à la faveur d'un tour de magie raté. Son épouse, jusque-là dévouée et soumise, va gagner en indépendance pour pallier l'absence de son mari transformé en gallinacée. Le long métrage de la cinéaste franco-tunisienne Leyla Bouzid, Une Histoire d'amour et de désir, est, lui, le film de clôture de la Semaine.

La 74e édition du festival sera aussi l'occasion d'emmener les cinéphiles sur le continent africain. Le cinéaste finlandais, d'origine somalienne, Khadar Ayderus Ahmed, les conduit ainsi à Djibouti dans The Gravedigger’s Wife (La Femme du fossoyeur) quand le cinéaste brésilien Karim Aïnouz les transporte dans l'Algérie de son père dans O Marinheiro das montanhas (Le Marin des montagnes), film de la Sélection officielle projeté en Séances spéciales.

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