Un trafic de cocaïne impliquant les mafias italiennes démantelé en Côte d'Ivoire

Le réseau international de drogue impliquait la Camorra et la 'Ndrangheta. L'Afrique de l'Ouest reste une des plaques tournantes du trafic de cocaïne latino-américaine vers l'Europe.

La police du Centre de coopération des décisions opérationnelles basé à Abidjan est engagée dans la lutte contre les trafics de cocaïne et de production de metamphétamines.
La police du Centre de coopération des décisions opérationnelles basé à Abidjan est engagée dans la lutte contre les trafics de cocaïne et de production de metamphétamines. (LUC GNAGO / X01459)

Un trafic de cocaïne impliquant les mafias italiennes de la Camorra et la 'Ndrangheta a été démantelé début juin 2019 en Côte d'Ivoire. Dix suspects ont pu être interpellés à Abidjan : "6 Italiens, 1 Franco-Turc et 3 Ivoiriens, dont 2 femmes, soupçonnés d'être les cerveaux d'un trafic international de cocaïne", a déclaré le commissaire Adomo Bonaventure, directeur de l'Unité de lutte contre la Criminalité transnationale organisée (UCT). En septembre 2018, la police brésilienne avait découvert 1,19 tonne de cocaïne cachée dans des engins de chantier sur le port de Santos à destination d'Abidjan. L'enquête a permis de déterminer que la drogue devait transiter par la Côte d'Ivoire, pour ensuite être envoyée en Italie, et plus particulièrement en Calabre. La drogue arrive par bateau dans le golfe de Guinée.

"Spaghetti Connection"

Cette opération a été menée grâce à la coopération entre les polices ivoirienne, française, italienne et brésilienne."Nous avons des preuves que la marchandise était destinée à la 'Ndrangheta et à la Camorra et que des ressortissants italiens, résidents ivoiriens depuis plus ou moins longtemps, étaient à l'origine du trafic", affirme Silvain Coué, officier de liaison français qui a participé à ce démantèlement baptisé "Spaghetti Connection". Selon lui, la cocaïne saisie à Santos au Brésil s'achète 2,5 millions d'euros en Amérique du Sud pour être revendue 250 millions en Europe.  

"Depuis 20 ans, l'Afrique de l'Ouest est devenue, sinon une plaque tournante, une zone de rebond très importante pour les trafiquants. Cette opération prouve que s'ils pensaient que la Côte d'Ivoire et l'Afrique de l'Ouest pouvaient être un sanctuaire, ils se sont trompés", précise Silvain Coué. Il est vrai que les mafias internationales profitent de la faiblesse des Etats de la région, et de la facilité à trouver des "hommes de main" en raison de la pauvreté de la population.

Ce démantèlement est le troisième du genre en Côte d'Ivoire en moins de trois ans, et le plus important par son ampleur. Mais les saisies, même spectaculaires, ne sont qu’une goutte d’eau dans l’océan du trafic. Dès 2009, un rapport de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) évaluait à quelque 250 tonnes la quantité de cocaïne qui avait déjà transité par cette voie.

Le criminologue Xavier Raufer affirmait déjà en 2013 que "les profits liés au trafic de cocaïne sont tellement énormes que l'allongement des filières et, partant, le prix du transport ne sont pas un problème". Au moindre problème, "de nouvelles routes sont déjà d'ailleurs en train de s'ouvrir par l'Angola, la République du Congo et les Grands Lacs ou par la Libye, vaste marqueterie de tribus en guerre", concluait le criminologue.

Un trafic qui finance les groupes jihadistes

Depuis plus de de 20 ans, l’Afrique de l’Ouest est l'une des grandes voies d'acheminement de la cocaïne qui traversent le Sahel vers l'Europe. Avant même le conflit malien, la drogue arrivait par avion en Mauritanie ou au nord du Mali (sur des pistes clandestines en plein désert). Une fois réceptionnée, et parfois transformée sur place, la drogue était acheminée, par la route, notamment via le Sahel, vers les rives Sud de la Méditerranée.

L'universitaire et islamologue Mathieu Guidère affirmait dès le début du conflit au sahel : "L'intervention militaire française au Mali a été un coup de pied dans la fourmilière, qui a totalement perturbé les trafics de drogue, d'armes et d'immigration clandestine dans la région, faisant éclater tous les réseaux qui passaient par le nord du Mali." Et le chercheur d'expliquer : "Les trafiquants payent aux mouvements islamistes un droit de passage de 10% calculé sur la valeur globale de la cargaison, certains groupes armés assurant en plus, contre rémunération, une protection du convoi."

Le trafic de drogue, mais aussi d’armes et d’êtres humains (ou encore de faux médicaments) dans la région participe ainsi au financement des différents groupes armés du Sahel, en butte à la pauvreté et à de gros problèmes de gouvernance. Le budget militaire de nombre des pays de la zone est le plus souvent inférieur au prix de vente de quelques tonnes de cocaïne en Europe.