Centrafrique : "Tout le monde cherche à se cacher pour éviter les exactions"

Bangui s'est réveillée dans la peur, quelques heures après l'arrivée des soldats français dans la capitale centrafricaine.

Des enfants marchent le long d\'une route camerounaise, alors que les troupes françaises se positionnent près de la frontière avec la Centrafrique, le 5 décembre 2013.
Des enfants marchent le long d'une route camerounaise, alors que les troupes françaises se positionnent près de la frontière avec la Centrafrique, le 5 décembre 2013. (FRED DUFOUR / AFP)

Des pluies diluviennes ont accueilli les renforts militaires français, vendredi 6 décembre en Centrafrique, au lendemain du lancement de l'opération Sangaris validée par le Conseil de sécurité de l'ONU. Selon le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, interrogé sur RFI, les soldats français patrouillent désormais dans les rues de Bangui, la capitale centrafricaine. "On vient de voir passer des véhicules légers blindés à côté de la présidence", confirme Jean-Yves Serrand, journaliste à France 3, depuis le centre-ville.

Après un jeudi dominé par des affrontements meurtriers entre miliciens chrétiens et ex-rebelles musulmans, Bangui, placé sous couvre-feu entre 18 heures et 6 heures du matin, s'est réveillé dans une ambiance de ville morte, vendredi

"C'est très très calme", assure le reporter. "Il n'y a pas une voiture dans les rues, pas un passant. Et le temps n'arrange rien...", renchérit Nicolas Bertrand, son collègue de France 2. Un gros orage tropical s'est abattu sur Bangui. "Du coup, tout le monde est resté planqué. Et attend un signal de l'armée française."

La démonstration de force de l'armée française

Celui-ci est arrivé dans la matinée. Deux rafales de l'armée française ont survolé la capitale centrafricaine, à très basse altitude. Objectif de cette opération, surnommée "show of force" dans le jargon : "Faire baisser les têtes et montrer qu'on est là", selon Nicolas Bertrand.

La psychose a d'ailleurs saisi les habitants de Bangui, où de nombreux pillages ont eu lieu depuis jeudi. "Tout le monde cherche à se cacher pour éviter les exactions, raconte Nicolas Bertrand. On se réfugie soit dans les paroisses pour les chrétiens, soit dans les mosquées pour les musulmans". Quelque 3 000 personnes se trouveraient sous protection française, à l'aéroport de Bangui. 

MSF prêt à accueillir d'éventuels blessés

"Ce matin, on a de nouveau entendu des tirs et des combats dans la capitale", raconte de son côté Samuel Hanryon, membre de l'ONG Médecins sans frontières à Bangui. Il se tient prêt en cas d'afflux de nouveaux blessés dans la journée. "Hier, les combats importants ont eu lieu à 5 heures du matin et les premiers blessés sont arrivés à 10 heures." 

Jeudi, 110 blessés, surtout des adultes, ont été pris en charge par les équipes de MSF à l'œuvre à l'hôpital communautaire de Bangui. La moitié a requis des soins chirurgicaux. L'ONG a recensé 50 morts en fin de journée. 

"Notre défi pour le moment, c'est de continuer d'assurer une prise en charge de qualité, notamment dans les soins post-opératoires", précise Samuel Hanryon. Pour cela, les équipes présentes à Bangui devraient être renforcées "dans les jours à venir".