Centrafrique : ce qui a poussé le président Michel Djotodia à la démission

Son Premier ministre Nicolas Tiengaye a également quitté ses fonctions. La nouvelle a été accueillie par des scènes de liesse à Bangui. 

Michel Djotodia, le président centrafricain par intérim, le 31 décembre 2013 à Bangui (Centrafrique).
Michel Djotodia, le président centrafricain par intérim, le 31 décembre 2013 à Bangui (Centrafrique). (MIGUEL MEDINA / AFP)

Les dirigeants d'Afrique centrale ont obtenu gain de cause. Le président centrafricain par intérim, Michel Djotodia, et son Premier ministre, Nicolas Tiangaye, ont démissionné. C'est ce qu'ont annoncé, vendredi 10 janvier, les participants au sommet extraordinaire de l'Afrique centrale à N'Djamena (Tchad).

Pourquoi ont-ils quitté le pouvoir ? 

En réalité, le président centrafricain a été poussé vers la sortie, lors d'un sommet extraordinaire des dirigeants de la Communauté économique des Etats d'Afrique centrale (CEEAC) réunis jeudi soir à l'initiative du Tchad. Pour la communauté internationale, Michel Djotodia s'est montré trop passif face aux violences interreligieuses en cours dans son pays. La paralysie totale de Bangui a également alerté les pays voisins de la Centrafrique.

En ouvrant le sommet à N'Djamena, le président tchadien, Idriss Déby, a ainsi jugé qu'"un seul constat doit être fait et il est amer : la République centrafricaine subit au plus profond d'elle-même les agissements de ses propres fils, plongeant leur pays dans une guerre qui compromet dangereusement son avenir"

Les pays de la CEEAC ont convoqué le Conseil national de transition (CNT, parlement provisoire centrafricain) afin de préparer un accord aboutissant à une mise à l'écart du président Djotodia et son Premier ministre. Le vote du CNT était indispensable à un changement de la Constitution provisoire pour décider leur départ.

Quelles sont les réactions ? 

Dans un communiqué lu en séance plénière, les dirigeants de la CEEAC ont déclaré avoir "pris acte de la démission" de Michel Djotodia et de son Premier ministre. Dans le texte, les dirigeants d'Afrique centrale "se félicitent de cette décision hautement patriotique pour une sortie du pays de la paralysie".

Côté français, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a réclamé le remplacement "dans les plus brefs délais" de Michel Djotodia et "dans la sécurité". "Il faut que le Conseil national de transition, dont c'est la responsabilité, établisse l'alternative provisoire parce que le but c'est d'aller avant la fin de l'année à des élections", a indiqué le ministre depuis Mérignac (Gironde).

Quelle est la situation sur place ? 

La nouvelle du départ de Michel Djotodia, ancien chef de la coalition rebelle Séléka, a été accueilli par des scènes de liesse à Bangui. Des tirs sporadiques ont été entendus. Le président centrafricain était accusé par les habitants chrétiens d'avoir laissé les ex-rebelles, majoritairement musulmans, se livrer à des pillages et à des exactions. Constitués en milices anti-balaka ("anti-machettes"), certains d'entre eux ont riposté en s'en prenant à la communauté musulmane.

REUTERS et AFP

En parallèle, au moins quatre chars français de type Sagaie ont pris position, vendredi dès le début d'après-midi, aux abords du palais présidentiel à Bangui. Le camp De Roux, où est cantonnée la garde de Michel Djotodia depuis le début de l'opération française Sangaris, se trouve non loin du palais. De nombreuses armes lourdes y sont entreposées.