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Centrafrique : Français et Tchadiens pris à partie par la population

Les Français sont accusés de favoriser les chrétiens tandis que les Tchadiens se voient reprocher de protéger les musulmans de l'ex-rébellion Séléka.

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France Télévisions
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Un soldat français en faction à Bangui, la capitale centrafricaine, le 22 décembre 2013.  (MIGUEL MEDINA / AFP)

En Centrafrique, rancœurs entre chrétiens et musulmans ne s'appaisent toujours pas, deux semaines après le déclenchement de l'opération Sangaris . Et pour les troupes internationales déployées, la mission d'interposition devient de plus en plus inconfortable. Troupes françaises et troupes tchadiennes sont accusées de favoriser qui les chrétiens, qui les musulmans.

Les Français accusés de favoriser les chrétiens

Côté français, le climat s'est tendu dimanche 22 décembre. Selon l'état-major français, les soldats français ont ouvert "le feu deux fois au cours de la journée" : la première fois "contre un groupe d'une demi-douzaine de personnes soupçonnées d'être des ex-Séléka". Ils "allaient faire usage de leurs armes" qu'ils avaient "pointées contre nos troupes", assure l'état-major. La deuxième fois, ils visent "un tireur isolé".

Mais cette version ne convainc pas du tout les autorités centrafricaines. Le porte-parole de la présidence affirme qu'ils ont été "froidement abattus". "Il ne s'agissait pas d'une opération de désarmement", tance Guy-Simplice Kodégué, le porte-parole de la présidence centrafricaine. D'après lui, les trois hommes "sont des membres de la garde présidentielle". Ils "ont été abattus malgré la présentation de leur ordre de mission et de leurs badges : c'était délibéré", accuse-t-il encore, précisant que les victimes circulaient à bord d'un véhicule.
 
C'est un nouveau pas dans les tensions entre Paris et les nouvelles autorités de Bangui. Le nouveau président, Michel Djotodia, a été porté au pouvoir par les rebelles de la Séléka. Il est sous la pression de ces anciens rebelles, accusés de s'être livrés à de nombreux pillages. De plus, malgré les dénégations du nouveau président, les relations ne sont pas bonnes avec François Hollande. Dans un entretien à RFI, le président français a jugé qu'"on ne peut pas laisser en place un président qui n'a rien pu faire, qui a laissé faire".
 

Quoi qu'il en soit, l'incident suscite des manifestations d'hostilité parmi la population musulmane sympathisante de l'ex-rébellion Séléka (très majoritairement musulmane). Dès dimanche matin, quelques dizaines de personnes se regroupent. Dans l'après-midi, plusieurs milliers de personnes manifestent leur hostilité aux troupes françaises. "Non à la France", "Hollande criminel", scandent les manifestants selon France Info. Certains musulmans reprochent à la France de ne désarmer que les musulmans de l'ex-Séléka, laissant le champ libre aux milices chrétiennes anti-balaka.

Les Tchadiens accusés de protéger les musulmans

Dans le camp d'en face, ce sont les soldats tchadiens qui sont accusés de partialité. A Bangui, ville très majoritairement chrétienne, certains habitants leur reprochent de protéger musulmans et ex-Séléka. Pire, beaucoup voient la main de N'Djamena derrière la prise du pouvoir par les armes de la rébellion Séléka en mars 2013.

Lundi, la tension est à son comble. Plusieurs milliers de manifestants majoritairement chrétiens se regroupent près de l'entrée de l'aéroport. Ils réclament le départ de Michel Djotodia. Ils exigent aussi le retrait des troupes tchadiennes au sein de la force africaine en Centrafrique (Misca). "Pas de Tchadiens à Bangui", clament les manifestants. Certains d'entre eux portent des pancartes sur lesquelles on lit : "Oui à l'opération Sangaris [de l'armée française], non à l'armée tchadienne", ou encore "Oui à la France, non à la Séléka".

Vers 7h40, deux 4x4 de l'armée tchadienne s'approchent de la foule. La réaction ne se fait pas attendre. Des pierres volent dans leur direction. Pour disperser la foule, les soldats tirent en l'air, mais aussi dans la foule. Les troupes françaises interviennent rapidement, tirent en l'air et dispersent les manifestants. Bilan : un mort et 40 blessés

Dimanche matin, le président tchadien, Idriss Déby, a pourtant appelé sur RFI à ne pas confondre mercenaires et soudards tchadiens, qui ont soutenu Michel Djotodia, et les forces tchadiennes régulières chargées de s'interposer. Un représentant de la société civile centrafricaine rétorque auprès de la radio qu'il "s'agit bel et bien des soldats tchadiens qui posent problème. Les Tchadiens qui sont dans la Séléka, ils sont dans un autre registre, on [les] connaît. Mais ce sont les soldats réguliers du Tchad, ceux qui sont venus faire le maintien de la paix en Centrafrique, qui posent problème".

A Paris, le Quai d'Orsay fait savoir qu'il garde "toute confiance" dans le président tchadien Idriss Déby. Dans la soirée, les autorités tchadiennes ont démenti l'implication de leurs soldats dans la mort d'un manifestant, selon un journaliste à N'Djamena.

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