Centrafrique : la cité pilote de Bambari, le symbole d'une reconstruction fragile

Depuis 2017, plusieurs milliards de francs CFA ont été investis dans le développement de cette "cité pilote".

La République centrafricaine a été ravagée par une guerre civile pendant des années. Un accord de paix a été signé en 2019 entre le gouvernement et certains groupes armés qui occupent encore les deux tiers du pays.

Dès 2017, le gouvernement et la mission onusienne en Centrafrique ont voulu faire de Bambari une "cité pilote" sans groupes armés. La communauté internationale a alors investi des millions d’euros pour lutter contre le chômage et la misère dans cette ville.

Mais aujourd’hui, Bambari, dont pratiquement les seules sources d'emploi et d'activité économique dépendent des organisations humanitaires, voit son avenir lesté de lourdes incertitudes.

Six photos de Camille Laffont illustrent ce propos.

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Bambari, dans la préfecture de la Ouaka, a longtemps été l’épicentre des violences de la guerre civile en Centrafrique. Ravagée par les combats entre groupes armés musulmans de l'ex-Séléka, coalition qui avait renversé le président François Bozizé en 2013, et milices chrétiennes et animistes antibalaka, la ville a été coupée en deux. Aujourd’hui, elle semble apaisée, ses habitants de toutes confessions arpentent librement les rues et les clients du marché de Kidjigira se croisent sans crainte. CAMILLE LAFFONT / AFP
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Depuis 2017, bailleurs de fonds internationaux et humanitaires ont concentré leurs efforts sur cette "cité pilote". Mais si "on se réjouit du retour à une cohabitation pacifique, (cela reste) fragile car ça dépend aussi de l'économie", déclare à l’APF Jeannot Nguernendji, président du Comité de paix de Bambari. Car en dépit des millions déversés, le chômage et la misère persistent et l'avenir reste lourd d'incertitudes.    CAMILLE LAFFONT / AFP
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Ici, comme dans tout le pays, les rues sont encore pleines de personnes qui vivotent au jour le jour. "Si vous voyez un jeune qui se jette dans la rébellion, c'est par manque de boulot", estime un habitant. A quelques semaines d'élections présidentielle et législatives sous haute tension, Bambari veut être l'emblème de la réconciliation entre les communautés et du renouveau économique. Le 16 novembre 2020, le président de la République Faustin-Archange Touadéra y est venu en personne inaugurer un centre de formation pour les jeunes. CAMILLE LAFFONT / AFP
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Actuellement, le centre agropastoral, installé au bord de la rivière Ouakka par l'Organisation internationale des migrations (OIM), est l’une des rares opportunités pour les jeunes d'apprendre à cultiver la terre et d'échapper au désœuvrement. Mais sur les 165 bénéficiaires du programme, beaucoup ont renoncé, découragés par la dureté du travail aux champs, selon le président du centre. Dans son rapport de novembre, la Banque mondiale exhorte le futur pouvoir à "diversifier" une économie "fortement dépendante de l'agriculture de subsistance". CAMILLE LAFFONT / AFP
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Si les ONG font beaucoup de projets, il n'y pas réellement de mécanisme qui permette de les pérenniser. Ceux "initiés par les ONG réduisent un peu le nombre de demandeurs d'emploi" et si certaines personnes "ont suivi des formations professionnelles, le chômage demeure", résume Abel Matchipata, maire de Bambari. Hormis la fragile société nationale sucrière et quelques succursales de téléphonie mobile, "il n'y a aucune grande entreprise ici", déplore-t-il. La ville peut bien s’enorgueillir de ses 3 km de route tout juste bitumés, il n'y passe que des véhicules humanitaires et des taxis-motos. Les camions des commerçants, eux, sont rares. Les ONG restent les principales pourvoyeuses d'emplois. Mais les places sont chères et la plupart des personnels qualifiés viennent de Bangui.    CAMILLE LAFFONT / AFP
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De plus, certaines organisations dépendantes des bailleurs multiplient des projets parfois déconnectés de la réalité pour "survivre", confesse un responsable d’une association sous couvert d'anonymat. Malgré tout, nombre d’entre elles ont pourtant des résultats concrets : soutien aux petits commerces, forages, rénovation de bâtiments, panneaux solaires, sanitaires, distribution de vivres... Mais maintenant que la sécurité est revenue, c'est le risque de la dépendance à l'aide internationale qui guette. A Bambari et alentours, les déplacés montrent peu d'empressement à quitter les sites gérés par les humanitaires pour rentrer chez eux malgré les aides au retour des agences onusiennes. "Les gens n'ont pas conscience, ils veulent seulement qu'on leur donne", se désole un habitant. CAMILLE LAFFONT / AFP