Centrafrique : plus de 100 morts dans des violences à Bangui

Après une journée marquée par des affrontements dans la capitale, le Conseil de sécurité de l'ONU a autorisé la France à intervenir militairement en Centrafrique.

Des soldats de la Fomac, force africaine déployée en Centrafrique, patrouillant dans Bangui (Centrafrique), le 1er décembre 2013.
Des soldats de la Fomac, force africaine déployée en Centrafrique, patrouillant dans Bangui (Centrafrique), le 1er décembre 2013. (SIA KAMBOU / AFP)

Des tirs d'armes automatiques et des détonations ont éclaté, jeudi 5 décembre dès l'aube, dans plusieurs quartiers de Bangui, la capitale de la Centrafrique.

Plus d'une centaine de personnes ont été tuées au cours de la journée, selon Nicolas Bertrand, envoyé spécial de France 2 à Bangui : 54 cadavres ont été retrouvés alignés dans une mosquée, avec des traces de blessures à l'arme blanche et par balles. Une cinquantaine de corps ont été recensés à la morgue de l'un des hôpitaux de la ville, et de nombreux autres cadavres jonchent les rues de la ville.

Environ 250 soldats français ont aussitôt été déployés dans Bangui, sans attendre le vote, peu après 16 heures, d'une résolution autorisant Paris à intervenir militairement au côté des forces africaines présentes en Centrafrique. Le président centrafricain, Michel Djotodia, a quant à lui décrété un couvre-feu qui court de jeudi 18 heures à vendredi 6 heures.

En fin d'après-midi, la tension était redescendue d'un cran, mais la situation n'était pas revenue au calme, comme le raconte Nicolas Bertrand sur Twitter.

Qui s'affronte ? 

Des milices chrétiennes. Selon Nicolas Bertrand, les miliciens anti-balakas ont mené cette attaque, tôt dans la matinée. Il s'agit de membres de milices d'autodéfense paysannes, de confession chrétienne. Leur nom signifie anti-machettes. Ils ont émergé depuis septembre dans le nord-ouest du pays, en réaction aux exactions répétées des ex-rebelles de la Séléka, qui ont pillé de nombreux villages.

Des ex-rebelles musulmans. Ce sont les ex-rebelles de la Séléka qu'affrontent ces milices, ce jeudi, dans les rues de Bangui. Eux sont musulmans. Ces hommes armés sont issus des rangs de la coalition rebelle Séléka, dirigée par Michel Djotodia, qui a renversé en mars le président François Bozizé, arrivé au pouvoir dix ans plus tôt par un coup d'Etat. Après ce nouveau coup d'Etat, certains combattants ont donc été intégrés dans les nouvelles forces de sécurité. 

Des troupes étrangères. Au milieu, les soldats de la force multinationale d'Afrique centrale (Fomac, en cours de remplacement par la Misca), composée de soldats africains de plusieurs pays, ont dû également ouvrir le feu pour protéger des bâtiments officiels. D'après l'envoyé spécial de France 2, un message a été transmis aux équipes des Nations unies présentes dans la capitale, leur donnant l'ordre de ne pas quitter leur domicile. Les troupes françaises, postées depuis 2002 aux alentours de l'aéroport, ont patrouillé dans les rues sans ouvrir le feu.

Pourquoi cette attaque ? 

Depuis plusieurs semaines, anti-balakas et ex-rebelles de la Séléka sont enfermés dans un cercle de représailles. Ainsi, l'attaque de jeudi intervient au surlendemain d'un nouveau massacre de civils perpétré à une centaine de kilomètres de Bangui et attribué aux anti-balakas : dans la nuit de lundi à mardi, au moins douze civils, des éleveurs peuls musulmans, ont été massacrés à la machette, selon des sources militaires. Dix très jeunes enfants ont été blessés dans la même attaque, aux membres ou à la tête, eux aussi à coups de machette, et étaient hospitalisés mercredi à Bangui.

Jeudi, les tirs ont ainsi commencé quand des ex-rebelles de la Séléka ont détecté des "infiltrations" de miliciens anti-balakas dans un quartier proche de l'aéroport, selon un officier supérieur de la force africaine (Misca). 

Quand seront déployées les troupes françaises ? 

Jeudi, le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté à l'unanimité une résolution autorisant la France à intervenir militairement au côté de la Misca afin de "protéger les civils et de rétablir l'ordre et la sécurité".

Son adoption donne le feu vert à une intervention militaire française, désormais imminente, puisque les soldats sont stationnés au Cameroun voisin. Un train transportant des militaires français et leurs blindés a d'ailleurs pris la direction de la frontière centrafricaine depuis l'est du Cameroun, dans la nuit de mercredi à jeudi.

Laurent Fabius a déclaré jeudi que l'intervention débuterait "dans les jours qui viennent", "entre le vote de la résolution à l'ONU [jeudi soir] et la date que choisira le président de la République". Le Premier ministre centrafricain, Nicolas Tiangaye, a lui appelé au déploiement des soldats français "immédiatement" après le vote de la résolution de l'ONU.

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Une fois envoyés sur place, ils porteront à 1 200 le nombre de militaires français en Centrafrique, a rappelé jeudi matin sur France 2 le ministre des Affaires étrangères français.