RDC : l’archevêque de Kinshasa demande aux pays voisins "d’arrêter de déverser leur population dans l’est du Congo"

L'archevêque de Kinshasa, Fridolin Ambongo, soupçonne l'Ouganda, le Rwanda et le Burundi de vouloir coloniser l’est du Congo afin de mettre la main sur les matières premières de cette région.

L\'archevêque de Kinshasa Fridolin Ambongo Besungu en compagnie du pape François. Photo prise le 5 octobre 2019 dans la cité du Vatican.
L'archevêque de Kinshasa Fridolin Ambongo Besungu en compagnie du pape François. Photo prise le 5 octobre 2019 dans la cité du Vatican. (TIZIANA FABI / AFP)

L'archevêque de Kinshasa a appelé, le 3 janvier 2020, les autorités congolaises à convaincre les dirigeants de trois pays voisins d'arrêter de pousser leurs ressortissants vers l'est de la République démocratique du Congo. "Il appartient au gouvernement d'assumer ses responsabilités pour convaincre"; par les voies diplomatiques, "les pays voisins particulièrement l'Ouganda, le Rwanda et le Burundi d'arrêter de déverser (leurs) populations au Congo", a déclaré le cardinal Fridolin Ambongo dans une conférence de presse à Kinshasa.

Les Congolais d'origine rwandaise ou ougandaise, qui sont là depuis des années, "personne ne peut contester leur nationalité congolaise", a dit Mgr Ambongo. "Ce qui fait problème, c'est le déversement des autres qui arrivent, et on essaie de les faire passer comme des Congolais", a-t-il affirmé.

"Le cas le plus criant (est celui des) immigrés rwandais qui ont été chassés de la Tanzanie il y a quelques années, et on a fini par les déverser au Congo", créant un "sentiment de frustration, de colère". Ce qui, selon l'archevêque, "confirme qu'il y a un plan de balkanisation derrière" ces actes.

Mgr Ambongo a effectué récemment une visite dans la région de Beni-Butembo dans la province du Nord-Kivu, zone en proie aux violences depuis 25 ans.

Insécurité et souffrance de la population 

"La situation de la population est dramatique. A cause de l'insécurité, la population a dû abandonner champs, villages, maisons, plantations", a détaillé le prélat.

Plus de 200 civils ont été tués au cours des deux derniers mois dans cette région lors de massacres attribués aux milices ougandaises ADF. Plus d'un millier l'ont été depuis 5 ans.

Il faut une prise de conscience au niveau national sur le fait que notre pays est en guerre, que le pays est en dangerMgr Ambongo, archevêque de Kinshasaà l'AFP

Face à ce danger, le prélat a appelé ses compatriotes à soutenir les militaires congolais qui se battent contre des dizaines de groupes armés locaux et étrangers. Parmi ces derniers se trouvent les milices ougandaises des Forces démocratiques alliées (ADF), les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) et les rebelles burundais des Forces nationales de libération (FNL).

Pillage des matières premières

Fin décembre, l'ancien Premier ministre et opposant congolais Adolphe Muzito avait appelé Kinshasa à "faire la guerre au Rwanda" et même à "l'annexer" pour rétablir la paix dans l'est congolais.

La RDC entretient des relations difficiles avec ses voisins du Rwanda et de l'Ouganda notamment. Kinshasa accuse ces deux pays de vouloir la déstabiliser, quand ces derniers considèrent la RDC comme une base arrière de milices hostiles à leurs régimes. Pour certains observateurs, ce n'est pas sans rapport avec les nombreuses matières premières dont regorge le sous-sol.