Au Maroc, un violeur ne pourra plus échapper à la prison en épousant sa victime

Le 10 mars 2012, le suicide de la jeune Amina Filali, contrainte d'épouser son violeur, avait profondément choqué dans le royaume. 

La sœur et la mère d\'Amina Filali (au centre et à droite), jeune femme qui s\'est suicidée après avoir été contrainte d\'épouser son violeur, manifestent le 15 mars 2012 à Larache (Maroc).
La sœur et la mère d'Amina Filali (au centre et à droite), jeune femme qui s'est suicidée après avoir été contrainte d'épouser son violeur, manifestent le 15 mars 2012 à Larache (Maroc). (ABDELHAK SENNA / AFP)

C'est un progrès pour les droits des femmes. Les députés marocains ont voté, mercredi 22 janvier, en faveur d'un amendement du Code pénal afin que l'auteur d'un viol ne puisse plus échapper à la prison en épousant sa victime, deux ans après un fait divers qui avait suscité un vif émoi. Le 10 mars 2012, le suicide de la jeune Amina Filali, contrainte d'épouser son violeur, avait profondément choqué dans le royaume. A la faveur de ce mariage, et conformément à l'article 475 du Code pénal, l'agresseur présumé avait en effet échappé aux poursuites.

Après un feu vert du gouvernement islamiste et un vote favorable à la Chambre des conseillers en mars 2013, les députés se sont à leur tour prononcés mercredi, en séance plénière, en faveur de la suppression de l'alinéa décrié. Cet amendement a été approuvé à l'unanimité des présents.

L'égalité des droits inscrite dans la Constitution de 2011

"Aujourd'hui, on peut enfin dire qu'Amina Filali peut reposer en paix. Depuis 2012, il a fallu attendre et c'est grâce à la lutte menée par les ONG et la mobilisation de certains groupes parlementaires que nous avons pu aboutir", a réagi la députée du parti Authenticité et modernité, Khadija Rouissi. "C'est un pas très important, mais qui n'est pas suffisant (...). Nous appelons à une révision complète du Code pénal pour les femmes", a pour sa part souligné Fatima Maghnaoui, responsable d'une ONG soutenant les victimes de violences.

Dix ans après l'adoption de la moudawana (Code de la famille), les défenseurs des droits des femmes au Maroc peuvent s'appuyer sur la nouvelle Constitution de 2011, rédigée en plein Printemps arabe, qui consacre "l'égalité des droits" et exhorte l'État à œuvrer pour la parité. Fin 2012, la ministre de la Famille, Bassima Hakkaoui, avait souligné que six millions de femmes (sur une population totale de 34 millions d'habitants) étaient victimes de violences, dont plus de la moitié dans le cadre conjugal.