Sahara occidental : l’émissaire de l’ONU Horst Kohler déclare forfait pour "raison de santé".

Coup d’arrêt imprévu dans les pourparlers sur le Sahara occidental: l’ONU a annoncé, le 22 mai 2019, la démission de Horst Kohler, son émissaire sur le dossier, "pour raison de santé". Une version contestée par le site marocain Yabiladi.

L\'envoyé des Nations Unies pour le Sahara occidental, Horst Kohler, ajuste ses lunettes alors qu\'il s\'adresse aux médias, après une série de négociations de deux jours sur la fin du conflit du Sahara occidental, le 22 mars 2019.
L'envoyé des Nations Unies pour le Sahara occidental, Horst Kohler, ajuste ses lunettes alors qu'il s'adresse aux médias, après une série de négociations de deux jours sur la fin du conflit du Sahara occidental, le 22 mars 2019. (FABRICE COFFRINI / AFP)

L'émissaire de l'ONU pour le Sahara occidental, l'ancien président allemand Horst Kohler, 76 ans, a démissionné de ses fonctions "pour raison de santé", ont annoncé les Nations unies dans un communiqué.

"Le secrétaire général (Antonio Guterres) regrette profondément cette démission, mais dit la comprendre parfaitement et transmet ses meilleurs vœux à l'émissaire", précise le communiqué de l'ONU, sans fournir de précision sur les problèmes de santé de l'ancien président allemand.

Kohler avait réussi rétablir un dialogue au point mort depuis six ans

En poste depuis juin 2017, Horst Kohler s’était investi personnellement dans la recherche d’une solution à ce conflit vieux de 44 ans.

Il avait réussi à renouer des pourparlers au point mort depuis six ans, en convoquant les quatre parties concernées, le Maroc, le Front Polisario, l’Algérie et la Mauritanie, à deux tables rondes à Genève en décembre 2018, puis en mars 2019.

Après ces rencontres que l’émissaire de l’ONU souhaitait "sans pré-conditions", une troisième, désormais compromise, devait être convoquée avant l’été, même si Horst Kohler avait estimé fin mars que les positions restaient "fondamentalement divergentes"

Antonio Guterres, qui avait appelé désespérément les parties à "des gestes de bonne foi" pour progresser vers une solution, a remercié son émissaire pour son travail. Il a également remercié "les parties (Maroc et Polisario) et les Etats voisins (Algérie et Mauritanie) pour leur engagement avec M. Kohler dans le processus politique".

Regrets du Maroc et de l'Algérie et tristesse du Front Polisario

"Le royaume du Maroc a pris note avec regret" de cette démission et "rend hommage à M. Horst Kohler pour les efforts qu’il a déployés depuis sa nomination", a réagi le ministère marocain des Affaires étrangères dans un communiqué.

L'Algérie, qui soutient le Polisario mais refuse d'être considérée comme partie au conflit, a fait part de son "profond regret".

Dans son communiqué, le ministère algérien des Affaires étrangère a rendu un "hommage bien mérité à M. Kohler pour l'engagement et la détermination dont il a fait montre pour la relance du processus de règlement (...) depuis trop longtemps à l'arrêt".

De son côté le Front Polisario s’est déclaré "profondément attristé" par la nouvelle et à remercié l’émissaire démissionnaire pour "ses efforts dynamiques afin de relancer le processus de paix de l’ONU".

Toutefois, derrière les réactions protocolaires d’usage, l’hypothèse des raisons de santé est remise en cause par le site marocain Yabiladi sur internet.

Une source proche du dossier a déclaré au site que cette démission était le résultat de "la pression du Maroc", soulignant que le royaume "s’était toujours opposé au désir clair de Kohler d’impliquer l’Union africaine dans le règlement de ce conflit régional".

Selon Yabiladi, cette même source n’a pas exclu que le départ de l’émissaire onusien soit lié à la visite effectuée récemment par le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, aux Etats-Unis.

Le royaume aurait lancé une campagne diplomatique il y a plusieurs mois dans de nombreux pays amis ou ayant influence sur le dossier pour expliquer "les erreurs commises par le médiateur allemand", souligne encore la source de Yabiladi, et appeler à "fermer la porte aux négociations avec le Polisario si Kohler restait à son poste".

Un échec personnel de l'émissaire de l'ONU

Des informations relayées par le site le 1.ma, marocain également, qui titrait "Horst Kohler n’a pas démissionné pour raisons de santé" dans son édition du 23 mai 2019.

Affirmant que l’émissaire allemand avait pris sa décision au lendemain du vote de la résolution 2468 par le Conseil de sécurité le 30 avril 2019, le site explique que Kohler a vécu ce vote comme un échec personnel.

"Le Maroc a réussi à faire barrage à toute tentative d’intégration du contrôle des droits de l’Homme, aussi bien dans les prérogatives de la MINURSO (la mission de l’ONU au Sahara occidental) que dans les Missions de l’Union africaine", écrit LE1.ma.

Najem Sidi, président fondateur du site Action et réflexion pour l’avenir du Sahara occidental CARASO75, a écrit pour sa part sur son fil Twitter que "la démission de Horst Kohler, acceptée sans hésitation par Antonio Guterres, démontre bien que le Maroc et ses alliés avortent toute solution pour la paix et la stabilité au Sahara occidental respectant la volonté inaliénable du peuple sahraoui".

"Plusieurs questions se posent. Horst Kohler a démissionné ou a été limogé? Le futur émissaire onusien sera-t-il américain ? Si oui, adoptera-t-il un plan Baker III ?", s’est interrogé ce défenseur des droits sahraouis, en référence aux deux plans d’un émissaire américain précédent, James Baker, qui a démissionné en 2004.

Après lui, le Néerlandais Peter van Walsun avait jeté l’éponge en 2008 et l’Américain Christopher Ross en 2017, attestant du casse-tête que ce conflit constitue pour la communauté internationale depuis 1975.