Retour au pays pour Roger Hanin l’Algérien

Roger Hanin devait être inhumé le 13 février sur les hauteurs d’Alger, au cimetière juif Saint-Eugène où repose son père. L’acteur avait préparé ses obsèques et demandé l’autorisation d’être enterré à Alger, sa ville natale. Une demande rare... Roger Hanin, petit-fils de rabbin et fils de communiste, avait gardé l’Algérie au cœur.

photo prise en avril 1975 dans la casbah d\'Alger. quartier où est né en 1925 Roger Hanin
photo prise en avril 1975 dans la casbah d'Alger. quartier où est né en 1925 Roger Hanin (photo AFP)
L’acteur avait gardé la gouaille des quartiers populaires d’Alger où il est né le 20 octobre 1925. «Je dois à l'Algérie d'avoir vécu de soleil, d'avoir été nourri de son amour pudique et braillard, excessif et profond, ensemencé des cris de la rue, où j'ai appris la vie, la lutte, la fraternité...», écrivait Roger Hanin en 1999.

Un enfant du pays
Un lien fort qui n’était pas simplement nourri des «odeurs d’orange et de jasmin», des langueurs de la nostalgie. «Chaque fois que j’évoque l’Algérie, c’est vrai, je dis mon pays», écrivait l’enfant de la Casbah.

Dans une tribune publiée dans l’Humanité en pleine guerre civile il disait avoir mal pour l'Algérie: «Je ne crois pas que Dieu veuille ce sang. Le Coran n'a jamais imaginé des scènes aussi déshonorantes, des sacrifices aussi écœurants. Je ne suis pas musulman. J'en arrive à le regretter car aujourd'hui je pourrais parler plus haut, plus fort. Je suis juif et je dois une gratitude éternelle à l'Algérie d'avoir gardé sur sa terre et dans sa chair, des centaines de milliers de Juifs pendant des siècles et des siècles jusqu'à l'arrivée des Français, qui ont trouvé en envahissant le pays une communauté israélite intacte, heureuse et différente ; c’est cela l’Algérie… c’est cela l’islam : le respect, la tolérance, l’amour.»
 
Des liens rompus par l’Histoire
Comme de nombreux juifs algériens devenus français par décret, beaucoup se sentaient liés au destin du peuple algérien, dont ils ont partagé le quotidien durant des siècles, avec des hauts et des bas, avant d’en être séparés par l’accès à la nationalité française en 1870 par le décret Crémieux.

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika avec l\'acteur français Roger Hanin, au Théâtre de Verdure à Alger, le 15 septembre 2000. 
Le président algérien Abdelaziz Bouteflika avec l'acteur français Roger Hanin, au Théâtre de Verdure à Alger, le 15 septembre 2000.  (AFP PHOTO)

Certains d’entre eux se sont battus pour l’indépendance algérienne. Roger Hanin, avait été décoré en 2000 par le président Bouteflika, pour son engagement et celui de son père en faveur de l’indépendance. Refusant les méthodes de l’OAS, il n’a jamais été un nostalgique revanchard de l’Algérie française. Meurtrie dans sa chair, par les horreurs de la guerre d’Algérie, sa famille avait compris très tôt le nécessaire combat pour les indépendances. «Je forme des vœux pour que le prochain président de la République d'Algérie parvienne à faire vivre ensemble tous les Algériens dans leur patrie, qu'ils ont gagnée dans le courage et la dignité, dans le sang et les larmes, mais où ils ne veulent plus vivre dans les larmes et le sang», écrivait-il en pleine guerre civile algérienne.
 
Roger Hanin de son vrai nom Roger Jacob Levy avait été victime des lois antisémites de Vichy qui l’avaient obligé à quitter le lycée. Les juifs d'Algérie avaient très mal vécu d’avoir été déchus de leur nationalité française sous Pétain, et d'avoir été exclus des écoles et des universités par un numérus clausus. Beaucoup de ceux qui avaient contribué à libérer la France se sont par la suite engagés au parti communiste algérien, soutenant les combats pour l’indépendance.