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Algérie. François Hollande confirme que des Français sont retenus sur le site gazier

Vingt-cinq des étrangers retenus en otages par un commando islamiste dans le centre-est de l'Algérie seraient parvenus à s'enfuir.

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Le site gazier d'In Amenas, dans le sud de l'Algérie, où des jihadistes ont pris plusieurs dizaines de personnes en otage, le 16 janvier 2013. (KJETIL ALSVIK / STATOIL / AFP)

François Hollande a confirmé, jeudi 17 janvier, lors d'un point de presse à l'Elysée, que des Français figuraient parmi la quarantaine d'otages étrangers retenus sur le site gazier algérien que des islamistes ont attaqué mercredi. Ces derniers demandent l'arrêt de l'intervention française au Mali voisin. Les forces de l'ordre algériennes ont encerclé le site, avant de donner l'assaut. 

Francetv info détaille les éléments connus sur cette prise d'otages avant l'assaut. 

Queelle était la situation avant l'assaut des forces algériennes ?

Vingt-cinq otages étrangers, dont deux Japonais, se sont enfuis jeudi du site gazier d'In Amenas, dans le centre-est de l'Algérie, indique une source proche des services de sécurité algériens. Selon la chaîne de télévision algérienne Ennahar, quinze étrangers, dont deux Français, ont réussi à s'échapper. Rien ne permet de dire dans l'immédiat s'il s'agit des mêmes otages.

Un peu plus tôt dans la matinée, trente otages algériens ont réussi à s'échapper du site, a annoncé la wilaya (préfecture) d'Illizi, selon l'agence nationale de presse algérienne, qui ne donne aucun détail sur les circonstances de leur fuite. Des otages algériens avaient déjà été libérés mercredi par petits groupes, mais leur nombre n'avait pas été précisé.

François Hollande a indiqué qu'il ne donnerait "aucune précision sur le nombre" des Français "éventuellement" retenus. Dans cette situation "confuse" le mieux est d'en dire "le moins", a-t-il expliqué.

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Que sait-on des otages ?

Avant ces évasions successives jeudi, il y aurait eu au total 400 personnes retenues sur le site gazier mercredi, selon Le Figaro. Parmi ces otages figuraient 150 employés algériens de CIS Catering, une filiale d'une entreprise française assurant l'hôtellerie du site gazier, selon le PDG du sous-traitant. Certains otages, "essentiellement des Algériens", ont été relâchés "par petits groupes" mercredi après-midi, selon le site Tout sur l'AlgérieUn porte-parole du groupuscule émanant d'Al-Qaïda au Maghreb islamique a dit détenir 41 otages étrangers, "dont sept Américains, des Français, des Britanniques et des Japonais".

Un Français de 52 ans, pris en otage, a indiqué jeudi au quotidien Sud Ouest que les otages étaient "bien traités". Le journal évoque "34 otages de neuf nationalités" retenus sur la "base-vie" du site et "six autres dans l'usine de gaz", sans préciser l'heure de cet entretien. La chaîne de télévision France 24 a diffusé de son côté l'enregistrement d'un témoignage, présenté comme celui d'un otage français, selon lequel des Japonais, des Norvégiens, des Philippins, des Sud-Coréens et des Malaisiens sont aussi captifs.

Un ou plusieurs citoyens roumains sont également otages, a indiqué jeudi le ministère roumain des Affaires étrangères. Les autorités irlandaises indiquent dans un communiqué (en anglais) qu'un de leurs ressortissants figure parmi les personnes enlevées. Le Premier ministre norvégien, Jens Stoltenberg, a annoncé que treize de ses compatriotes étaient "concernés par la prise d'otages", rapporte Reuters. "Un certain nombre de Japonais" sont aussi pris en otage, a déclaré un porte-parole gouvernemental à Tokyo. Washington a confirmé mercredi que des ressortissants américains étaient retenus, sans préciser leur nombre. 

Que sait-on des preneurs d'otages ?

Leur nombre fluctue selon les sources entre une vingtaine et une soixantaine d'hommes lourdement armés. Ils se présentent comme la "katiba des Moulathamine", qui signifie l'unité combattante des "signataires par le sang""Nous sommes des membres d'Al-Qaïda et nous sommes venus du nord du Mali. Nous appartenons à la brigade Khaled Aboul Abbas Mokhtar Belmokhtar", a déclaré un combattant à l'AFP, en rappelant que Belmokhtar avait "menacé de riposter à toute intervention militaire au Mali". Belmokhtar, surnommé "le Borgne" ou "Bellaouar", est l'un des chefs historiques d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

En 2003, il a notamment été impliqué dans l'enlèvement de 23 touristes européens dans le sud de l'Algérie. En 2007, il était présumé responsable de la mort de quatre Français en Mauritanie. La vocation de son nouveau groupe, dont la base aurait été installée à Gao (Mali), est d'aider à la consolidation du règne de la charia dans le nord du Mali.

Comment les assaillants communiquent-ils ?

Un Britannique, un Irlandais et un Japonais, présentés comme des otages, se sont relayés jeudi matin sur la chaîne de télévision Al Jazeera pour réclamer le retrait des militaires algériens qui encerclent le site gazier où ils sont retenus. Les trois hommes, qui se sont exprimés au téléphone en direct et dont aucune image n'a été montrée, ont tour à tour insisté pour que les militaires cessent les tirs contre leur lieu de détention pour préserver leur vie et favoriser la négociation.

L'"otage irlandais", selon la télévision qui traduisait simultanément en arabe ses propos, a affirmé que la situation se détériorait et demandé le retrait de l'armée algérienne en vue de négociations avec les ravisseurs. Il a ajouté avoir eu la veille un contact téléphonique avec sa femme. L'otage britannique a affirmé sur la chaîne qatarie que les négociations étaient susceptibles de prévenir des pertes en vies humaines. Selon Al Jazeera, le troisième à intervenir en direct, un Japonais, a été blessé. Les trois otages relaient la demande d'un des ravisseurs, présenté sous le pseudonyme d'Abou Al-Baraa, qui était intervenu auparavant sur Al Jazeera. "Nous demandons le retrait de l'armée algérienne pour permettre de lancer des négociations", avait-il dit.

Quelles conséquences sur le conflit au Mali ?

"L'attaque [en Algérie] donne une nouvelle dimension", a estimé jeudi Christian Rouyer, ambassadeur de France au Mali, sur France Inter. "Nous sommes actuellement confrontés à une dimension régionale et même internationale du problème." "Certains en France ont pu douter de cette dimension, je crois que nous avons la preuve flagrante que ce problème dépasse la situation du simple Nord-Mali. Le Nord-Mali est au cœur du problème, bien sûr, mais la dimension est vraiment nationale et internationale, ce qui justifie d'autant plus l'engagement français." 

Interrogé sur une éventuelle réévaluation des risques qui pèsent sur les Français présents dans la région, il a répondu : "Dans la région sûrement, au Mali nous l'avons déjà fait. Depuis le début de la semaine, nous avons pris un certain nombre de dispositions pour renforcer la sécurité de nos compatriotes face à la menace terroriste." Selon lui, la France n'est pas la seule visée par l'attaque. "C'est l'engagement international pour lutter contre les groupes terroristes qui est visé, c'est l'ensemble de la communauté internationale qui a voté la résolution 2085 [autorisant le déploiement d'une force africaine au Mali], c'est l'Europe, ce sont les Africains qui sont mobilisés à nos côtés", a-t-il dit.

Le secrétaire d'Etat américain à la Défense, Leon Panetta, a jugé mercredi que les opérations au Mali ne constituaient pas une guerre française et exigeaient "un effort international" qui devra être confirmé par l'ONU. Les chefs d'état-major de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest se sont réunis mardi et mercredi à Bamako pour étudier l'engagement militaire visant à "libérer" le nord du Mali.

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