Face à la chute des cours du pétrole, l'Algérie se serre la ceinture

Les premières mesures de restrictions ont été annoncées. Le budget de fonctionnement de l'Etat est réduit de 30%, les importations freinées.

Des ouvriers devant le site gazier d\'In Amenas, à 1 300 km d\'Alger, l\'un des plus importants du pays.
Des ouvriers devant le site gazier d'In Amenas, à 1 300 km d'Alger, l'un des plus importants du pays. (RYAD KRAMDI / AFP)

Face aux incertitudes, épidémie de coronavirus et chute des cours du pétrole, le président de la République algérien Abdelmadjid Tebboune a présenté des premières mesures d'économie immédiates lors du conseil des ministres du 22 mars 2020. Le budget de fonctionnement de l'Etat est ainsi réduit d'un tiers, mais "sans toucher les charges et salaires". Un coup de frein est aussi donné aux importations dont le montant doit passer de 41 à 31 milliards de dollars. En revanche, santé et éducation ne sont pas impactées par des mesures d'économie.

Réserves de change

Le groupe pétrolier national Sonatrach, principal pourvoyeur de richesses, doit réduire de moitié, soit 7 milliards de dollars, ses charges d'exploitation et ses dépenses d'investissement. Cela afin de préserver les réserves de change.

Car ces dernières ne cessent de fondre comme neige au soleil. Elles n'étaient plus que de 62 milliards de dollars fin 2019, contre 80 milliards un an auparavant et près de 100 milliards en 2017 annonce la Banque d'Algérie.

Un milliard de dollars de recettes en moins par mois

Les chiffres sont là, cruels. Le budget 2020 de l'Algérie avait été établi en tablant sur un pétrole à 60 dollars le baril. Or, il vaut actuellement moins de la moitié, et vu le contexte mondial, il n'est pas près de remonter. Or, le pétrole (ou le gaz qui lui est indexé) reste la première richesse du pays.

"L'effondrement des prix du pétrole à partir de 2014 a déjà réduit de moitié les recettes liées aux exportations d'hydrocarbures, qui représentent plus de 90% des recettes extérieures du pays", explique l'AFP. Et l'année 2020 s'annonce pire encore. Pour le seul mois de février, les recettes de l'Etat tirées des hydrocarbures ont baissé d'un milliard de dollars précise El Watan.

Interrogé il y a peu par APS, l'agence de presse nationale, le Premier ministre Abdelaziz Djerad a assuré du "maintien de l'engagement de l'Etat dans le financement du développement". Mais en même temps, il a donné les grandes lignes du serrage de ceinture :"En ciblant les politiques de subvention et en éliminant les sources de gaspillage et les dépenses sans impact significatif sur l'amélioration du cadre de vie de nos populations."

Diversification

"C'est également une occasion pour nous de prendre conscience de la vulnérabilité de notre économie nationale, en raison de notre négligence pendant des décennies à la libérer de la rente pétrolière", a commenté le président Abdelmadjid Tebboune lors du conseil des ministres. Une diversification nécessaire, certes, mais qui a souvent été freinée par des sentiments nationalistes et la corruption dans les années passées.

La loi de finances 2020 lance de nouvelles pistes, comme une plus large ouverture à l'investissement étranger ou une fiscalité plus élargie pour compenser les recettes pétrolières. L'effort devra porter aussi sur l'aide aux nouvelles technologies. Mais tout cela ne portera pas ses fruits en quelques mois.