Covid-19 : l'Afrique du Sud s'inquiète pour les nappes phréatiques en raison de l'augmentation prévisible des inhumations

Pretoria se prépare à comptabiliser de plus en plus de décès liés au Covid-19 et cherche à éviter que les nombreux enterrements ne provoquent la contamination des eaux souterraines.

Dans un cimetière de Cape Town, sur la côte sud-ouest d\'Afrique du Sud, des employés des pompes funèbres, masqués et revêtus de blouses, portent le cercueil d\'un homme de 51 ans, mort du Covid-19 (photo prise le 12 mai 2020).
Dans un cimetière de Cape Town, sur la côte sud-ouest d'Afrique du Sud, des employés des pompes funèbres, masqués et revêtus de blouses, portent le cercueil d'un homme de 51 ans, mort du Covid-19 (photo prise le 12 mai 2020). (SUMAYA HISHAM / REUTERS)

Alors que le 17 mai 2020, l'Afrique du Sud enregistrait la plus forte progression du nombre de cas de Covid-19 (+ 1 160) depuis le début de l'épidémie en mars, avec un total de 15 515 cas, elle comptait également 263 morts. Une évolution qui oblige les autorités à réfléchir à la protection des eaux souterraines face à l'augmentation prévisible des enterrements partout dans le pays. 

La pandémie "est un signal d'alarme", prévient Pepe Dass, président de la South African Cemeteries Association (SACA), une organisation à but non lucratif administrée et gérée par des responsables municipaux. "Si nous choisissons des sites d'enfouissement susceptibles d'avoir un impact sur l'environnement, sans plans d'atténuation, il y a un risque élevé de contamination des eaux souterraines", s'est-il inquiété auprès de la Fondation Thomson Reuters.

Dix enterrements par jour dans un même cimetière, une épreuve pour l'environnement

Pour l'instant, les chercheurs savent peu de choses sur la durée de survie du nouveau coronavirus dans l'eau, mais le gouvernement sud-africain ne veut prendre aucun risque. Son principal souci en la matière : éviter les enterrements non ou mal planifiés qui pourraient répandre le coronavirus ou d'autres éléments insalubres dans les approvisionnements en eau.

"Les cimetières sont des zones de contamination potentielle de l'eau par des agents pathogènes dans les corps en décomposition", explique Matthys Dippenaar, un expert en eaux souterraines de l'Université de Pretoria. "Mais cela n'a pas été étudié pour le Covid-19", précise-t-il. Plus explicite, M. Dass estime de son côté que si le taux de mortalité atteignait dix enterrements par jour dans le même cimetière, alors cela mettrait à rude épreuve les ressources existantes.

Pour lui, cela augmenterait le risque de migration des virus, des bactéries et même des produits chimiques d'embaumement à travers le sol vers les nappes phréatiques, ce qui, en bout de chaîne, rendrait malades ceux qui boivent de l'eau. "Nous ne pouvons pas avoir de plans de dernière minute pour faire face aux enterrements multiples", avertit M. Dass. "Nous devons nous assurer que nous sommes prêts pour ce qui pourrait suivre."

Les familles sud-africaines se détournent de la crémation

Selon l'association des cimetières, il faut évidemment trouver suffisamment d'espace physique pour un site d'enfouissement massif, mais aussi évaluer correctement la profondeur et l'emplacement des tombes ainsi que la façon dont les corps sont enterrés, autant d'éléments essentiels pour garantir que les sources d'eau ne soient pas contaminées. Parmi les solutions à l'étude, de longues tranchées pouvant contenir vingt corps à la fois.

Afin de préparer les municipalités à organiser des enterrements en nombre sans nuire à l'environnement, l'association a publié un ensemble de lignes directrices. Ainsi, les sites d'enfouissement devront être situés dans des zones où la nappe phréatique est à au moins 2,5 mètres de profondeur et où le sol est constitué d'un mélange à grain fin de sable et d'argile, ce qui lui confère une faible perméabilité. Pas question donc d'improviser.

"Le Cap, Johannesburg, Ekurhuleni et d'autres municipalités ont déjà commencé à identifier des terrains pour des enterrements de masse", assure M. Dass. Quant à l'incinération des victimes du Covid-19, recommandée par les responsables, elle est rarement utilisée. "La majorité des Sud-Africains choisissent d'enterrer (leurs morts, NDLR) pour des raisons culturelles", observe M. Dass.

Des maisons trop près des cimetières

Autre question soulevée par Akebe Luther King Abia, microbiologiste à l'Université du KwaZulu-Natal à Durban, celle de la proximité des habitations. Un problème en Afrique du Sud, où l'urbanisation rapide rapproche les cimetières des maisons.

"Compte tenu de l'infectiosité élevée des coronavirus, il serait préférable de sélectionner des sites pour les enterrements des victimes du Covid-19 loin de tout établissement humain", suggère M. Abia. Le chercheur propose également d'utiliser du chlore pour désinfecter les corps, de doubler les tombes avec des bâches en plastique et d'ériger des clôtures pour empêcher l'accès non autorisé aux cimetières. Autant de questions primordiales dans un pays comme l'Afrique du Sud où la question de l'eau, et surtout de son manque, est une préoccupation majeure.