Afrique du Sud: la reine de la Pluie, une souveraine très féministe

Masalanabo Modjadji, jeune Sud-Africaine, va à l’école, rêve de devenir médecin et mène la vie d’une adolescente ordinaire. En apparence du moins. Car le matin, c’est son chauffeur qui l’emmène en cours, ses week-ends sont occupés par des cérémonies spirituelles et ses vacances scolaires par des entraînements secrets. Masalanabo est la seule reine officiellement dotée du pouvoir de faire pleuvoir.

La jeune reine de la Pluie, Masalanabo Modjadji, 12 ans, chez elle, le 24 avril 2017. Elle fait partie de la tribu Balobedu, installée dans la province sud-africaine du Limpopo.
La jeune reine de la Pluie, Masalanabo Modjadji, 12 ans, chez elle, le 24 avril 2017. Elle fait partie de la tribu Balobedu, installée dans la province sud-africaine du Limpopo. (MUJAHID SAFODIEN / AFP)

Nourrir les cultures, abreuver les animaux, rafraîchir les paysages et éloigner les ennemis. Pour tout cela, il y a la pluie. Et pour la tribu Balobedu (aussi appelée Lovedu), il y a la Khifidola-maru-a-Daja, ou «celle qui transforme les nuages». «L’incarnation vivante de la déesse de la pluie» qui se transmet de génération en génération dans une dynastie multi centenaire.

Makobo Modjadji, la dernière reine de la Pluie, est morte en 2005, alors que sa fille Masalanabo n’avait que quelques mois. Empoisonnement, sida, suicide… La raison de la disparition de la souveraine fait parler mais reste inconnue. Toujours est-il que depuis ce jour, le trône est vide, et le peuple Balobedu attend sa nouvelle reine. A aujourd’hui 12 ans, la jeune Masalanabo devra encore attendre 2023 et sa majorité pour prendre la tête de la tribu.

Makobo Modjadji est la dernière reine de la Pluie ainsi que la mère de Masanalabo. Elle est morte en 2005. Ici à une cérémonie, le 11 avril 2003, après son couronnement.
Makobo Modjadji est la dernière reine de la Pluie ainsi que la mère de Masanalabo. Elle est morte en 2005. Ici à une cérémonie, le 11 avril 2003, après son couronnement. (AFP)

Un système singulier
Depuis 200 ans, dans les luxuriantes collines de la province du Limpopo (nord-est de l'Afrique du Sud), ce royaume place des femmes à sa tête, génération après génération. Alors que partout ailleurs dans le monde, ces dernières sont souvent reléguées à un rôle d’arrière-plan, chez les Balobedu, non seulement elles règnent, mais aucun homme dans leur entourage ne leur fait de l’ombre.

Après son couronnement, la reine de la Pluie épouse plusieurs femmes qui restent autour d’elle et font des enfants à sa place avec des hommes de la famille royale. L’Afrique du Sud est le seul pays du continent et l’un des 22 Etats où le mariage de personnes de même sexe est autorisé. «Nous faisons ça depuis des siècles. Il n'y a rien de plus à dire, c'est notre mode de vie», explique John Malatji, président du Conseil Royal à l’AFP.

Moshakge Molokwane et Newyear Mabokela, membres de la famille royale Balobedu à Khethakoni (Afrique du Sud), le 22 février 2016.
Moshakge Molokwane et Newyear Mabokela, membres de la famille royale Balobedu à Khethakoni (Afrique du Sud), le 22 février 2016. (SINIKKA TARVAINEN / DPA)

Un rôle confidentiel
Mais concrètement, quel est le rôle de la reine de la Pluie? Et quelle est sa place en Afrique du Sud? Son rôle est très obscur car totalement secret. Lors des cérémonies, dans différents sanctuaires, danses, chants, rituels avec des animaux et des breuvages sacrés, font partie des rites censés provoquer les précipitations. «On fait venir une vache qui doit boire une bière artisanale spécialement faite pour faire tomber la pluie», raconte M.Malatji à l'AFP. «Enfin, on passe la nuit à danser et chanter pour les divinités», conclut-il.

Concernant leur place dans la société sud-africaine, les reines et rois traditionnels n'ont pas de rôle officiel. Mais en 2016, au terme d'une longue bataille juridique, la reine des Balobedus a été officiellement reconnue par l'Etat sud-africain pour la première fois dans toute l'histoire du pays. Ce statut permettra à la famille royale de recevoir un financement public aux termes de la Constitution de 1996. Celle d'une Nation arc-en-ciel.