Les terroristes d'Haqqani, les nouveaux ennemis des Etats-Unis

Haqqani, dont les bases sont dans les régions tribales du Waziristan au Pakistan, est devenue une organisation transnationale dont les attaques sont ciblées et efficaces. Ce groupe afghan est en relation avec les talibans et Al-Qaïda

Manifestants à Peshawar contre une attaque de drones visant le réseau Haqqani, le 23 octobre 2011.
Manifestants à Peshawar contre une attaque de drones visant le réseau Haqqani, le 23 octobre 2011. (AFP/A MAJEED)

Haqqani est la nouvelle bête noire des Américains. Classer ce groupe afghan comme organisation terroriste va permettre aux Etats-Unis de s’attaquer plus efficacement aux personnes qui le financeraient. Toute aide de ce type devenant un crime aux Etats-Unis.

Le groupe Haqqani porte le nom de son fondateur Jalaluddin Haqqani, un pachtoune de la tribu des Zardan, dans l’est de l’Afghanistan. Courageux et animé par ses convictions religieuses, il combat les Soviétiques lors de la guerre de 1979-1989, avec d’autres groupes afghans, et fréquente notamment un certain Oussama Ben Laden, formé comme lui par les Américains.

En 2001, lors de l’arrivée des soldats américains qui font reculer le régime taliban avec l’armée du nord (constituée de Tadjiks), Haqqani passe la frontière et se réfugie dans les territoires tribaux du Waziristan du nord au Pakistan, adossés à l’Afghanistan. Durant quelques années le groupe fondamentaliste ne fait plus parler de lui, tout en administrant un territoire avec écoles, tribunaux et collectes d’impôts.

Zone d\'entraînement des talibans.
Zone d'entraînement des talibans. (PATRICE DERÉ KAL / AFP)

Dans ces montagnes, Haqqani va désormais accueillir des combattants arabes ou des militants pakistanais et ouvrir des camps d’entraînement  pour les djihadistes. Le groupe, qui comprendrait entre quelques milliers et 20.000 combattants, est considéré comme capable de mener des opérations sanglantes et ciblées en terrain difficile et également agir en ayant recours à des sous-traitants.

Le renouveau date de 2006, quand il mène une grande «offensive de printemps» contre les occidentaux.

A la recherche de reconnaissance
En 2007, c’est son fils Sirajuddin Haqqani qui reprend le flambeau. Alors qu’à l’origine, le mouvement était proche des talibans -considérés comme des combattants locaux contre l’envahisseur-, il  monte des opérations transnationales qui permettent de bénéficier de financements de riches familles saoudiennes ou du Golfe. Tout en réalisant des enlèvements contre demande de rançon pour accroître ses revenus.   

Arrestation d'un commandant d'Haqqani

Aljazeera, le 1er octobre 2011

On attribue à Haqqani plusieurs attentats réalisés entre autres par des kamikazes. L’attentat contre l’ambassade américaine à Kaboul, comme l’élimination de l’ancien président Burhanuddin Rabbani en septembre 2011 leurs sont attribués. Ainsi que des attaques en Kapisa, la région où est basée une partie du contingent français en Afghanistan.

La nouvelle dimension acquise par Haqqani le rend particulièrement dangereux aux yeux des Américains qui ont recours à des drones pour bombarder ses positions. Des dizaines de membres de la famille du chef d’Haqqani auraient été tués de cette manière. Et fin août 2012, Baddrudin Haqqani, frère de Sirajuddin et commandant opérationnel a été tué.

Haqqani allié d'Islamabad
Autre souci pour les Américains, les relations unissant Haqqani avec le Pakistan. Selon le chef d’Etat-major inter-armées américain, Mike Mullen,en 2011, Haqqani serait  le «véritable bras armé » des services secrets pakistanais l’ISI. En tout cas, contrairement aux talibans pakistanais, le groupe du Waziristan s’est abstenu de toute opération contre Islamabad et a déjà servi d’intermédiaire entre les deux parties.

La nouvelle classification d’Haqqani par les Américains devrait déplaire au Pakistan.  «Très franchement, une décision américaine de classer le réseau Haqqani comme groupe terroriste ne sera pas un bon signe pour le futur des relations entre le Pakistan et les Etats-Unis», a déclaré le 7 septembre 2012, un haut responsable des services de sécurité sous couvert d'anonymat. Après la détérioration des relations entre Washington et Islamabad, à la suite de l’opération contre Ben Laden, les Etats-Unis avaient repris les chemins de la coopération.

Désormais, les Etats-Unis n’auront plus la possibilité de négocier avec le groupe Haqqani comme ils peuvent le faire avec des talibans locaux pour faciliter leur départ prévu en 2014. Ils ne pourront mener d’opérations militaires au Waziristan du nord sans le concours du Pakistan alors que les autorités d’Islamabad auront besoin de leur étroits contacts avec les talibans d’Haqqani pour préserver leurs positions du Pakistan dans le futur Afghanistan.