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Afghanistan : l'insécurité dissuade les humanitaires étrangers de s’engager

L’Afghanistan est de loin le pays le plus dangereux au monde pour les travailleurs humanitaires. Les 54 attaques majeures en 2014, recensées par le cabinet Humanitarian Outcomes, pèsent sur les vocations. Le récent bombardement d’un hôpital de MSF, qui a tué 30 personnes à Kunduz (nord), a ravivé les réticences des ONG étrangères à poursuivre leurs missions, faute de volontaires.
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
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L'hôpital de MSF, bombardé le 3 octobre 2015, a été évacué et fermé jusqu'à nouvel ordre. (CITIZENSIDE/NAJIM RAHIM / CITIZENSIDE.COM)

«Les gens ne se battent pas pour venir». C'est ce qu'a constaté Elise, employée à Kaboul par l’ONG française Acted qui souligne toutefois la nécessité d'expliquer aux candidats potentiels «que personne ne se fait exploser tous les jours devant notre porte»

Les ONG restent néanmoins des victimes collatérales des combats qui se sont intensifiés en 2015 dans le nord de l'Afghanistan entre, d'un côté, les forces afghanes et américaines et, de l'autre, les rebelles talibans. Ces derniers ont étendu leur insurrection à la quasi-totalité du pays et ont revendiqué une série d'attentats commis récemment à Kaboul.


Le bombardement américain qui, dans la nuit du 2 au 3 octobre 2015, a détruit l'hôpital de MSF à Kunduz faisant 30 morts, essentiellement des malades ou du personnel de l'hôpital, est «l'un des incidents les plus meurtriers pour l'ONG tous terrains confondus depuis des décennies», rappelle Libération.

L'ONG, qui depuis a fermé son établissement, a publié un rapport accablant contre l'armée américaine dont le raid était, selon elle, destiné «à tuer et détruire». Kunduz, ville stratégique du nord de l'Afghanistan, venait de tomber aux mains des talibans une semaine auparavant. Ceci explique peut-être cela.

MSF a décidé, à l'image d'autres organisations, de suspendre ses opérations dans le nord du pays, mais aussi dans le centre. «Là où on avait trois expatriés pour aider les éleveurs de brebis, on n'en a plus qu'un» pour limiter les risques, constate Nathan, employé d’une ONG agricole.


En septembre 2015, après l'attaque armée et le pillage de cinq camions d'aide alimentaire du PAM, l'oganisation onusienne s'est retirée de la région reculée du Badakhshan (nord-est), frappée quelques semaines plus tard par un séisme meurtrier. Le manque de sécurité des personnels humanitaires limite les opérations de livraison de nourriture, selon le porte-parole du Programme alimentaire de l'ONU.

Le bilan des morts, des blessés et des kidnappés dans le secteur humanitaire était déjà élevé avant même le bombardement de l'hôpital de MSF. En août 2015, deux travailleuses humanitaires, une Néerlandaise et une Allemande, avaient été enlevées par des inconnus armés dans la capitale afghane. En juin 2015, 26 travailleurs humanitaires avaient été tués, selon ACBAR, organe de coordination de 130 ONG implantées en Afghanistan.


Les missions humanitaires se sont donc raréfiées et les postes sont devenus moins attractifs. «Les ONG font venir à elles les personnes qu'elles aident, ou assurent leur suivi par téléphone», explique Fiona Gall, directrice d'ACBAR.

Un rôle de premier plan dans les campagnes
Si le nombre d'ONG étrangères enregistrées dans le pays reste relativement stable (274 en 2015 contre 293 en 2013), la quantité de projets a quant à elle baissé. Mais, souligne Nathan, les besoins, eux, «n'ont pas diminué» dans les campagnes où les ONG jouent souvent un rôle de premier plan.

Ainsi, la baisse de la mortalité infantile (passée de 93 pour 1.000 naissances en 2001 à 66 pour 1.000 en 2015 selon la Banque mondiale) est due au fait que les enfants en bas âge «sont souvent les premiers concernés par les programmes d'aide à la santé», souligne un humanitaire occidental, interrogé par l'AFP.

La communauté internationale s'est engagée à soutenir le développement du pays à hauteur de 16 milliards de dollars sur les quatre années s'achevant en 2015, puis à maintenir des niveaux d'aide similaires jusqu'en 2017. Selon un observateur occidental, «on est passé en cinq ans de milliers de volontaires étrangers à quelques centaines».

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