Afghanistan : Jean-Yves Le Drian demande des actes aux talibans pour "montrer qu'ils ont changé"

Le ministre français des Affaires étrangères estime qu'un gouvernement de transition "vraiment inclusif et représentatif" montrerait qu'au-delà de leurs déclarations, les talibans ont changé.

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Radio France
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Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, à l'Elysée le 19 juillet 2021. (LUDOVIC MARIN / AFP)

Cet article a été modifié. La première version tronquait une partie de l'interview de Jean-Yves Le Drian sur les antennes de Radio France. Cette erreur commise par franceinfo a pu entraîner une mauvaise interprétation des propos du ministre. Nous nous en excusons auprès de nos lecteurs..


Le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian attend des talibans désormais au pouvoir en Afghanistan qu'ils démontrent dans les faits qu'ils ont effectivement changé, comme ils s'évertuent à le dire. "Ce n'est pas la même génération" que ceux qui contrôlaient le pays entre 1996 et 2001, note-t-il mardi 17 août sur franceinfo. Mais si Jean-Yves Le Drian prend acte que les talibans "déclarent vouloir obtenir de la respectabilité, de l'honorabilité", il estime que "c'est à eux de faire la preuve" qu'ils ont changé. Pour lui, la "meilleure preuve" serait de "faire en sorte qu'il y ait un gouvernement de transition, vraiment inclusif et représentatif."

franceinfo : Les talibans ont promis d'œuvrer à la réconciliation, disant avoir pardonné à leurs adversaires et vouloir protéger les droits des femmes, en accord avec la loi islamique. Est-ce que l’on peut dire que les talibans ont changé par rapport à ceux qui ont contrôlé le pays entre 1996 et 2001 ?

Jean-Yves Le Drian : C’est vrai que ce n’est pas la même génération, c’est vrai qu’ils sont entrés dans des négociations, en particulier avec les Etats-Unis. Ils déclarent vouloir acquérir respectabilité et honorabilité, c’est à eux d’en faire la preuve. Ils ont annoncé qu'ils respecteraient les droits acquis au cours des vingt dernières années en Afghanistan, il faut qu'ils le démontrent. Et la meilleure preuve serait de faire en sorte qu'il y ait un gouvernement de transition qui soit vraiment inclusif et représentatif. Cela montrerait que les talibans ont changé, qu'ils veulent respecter le droit, qu'ils veulent mettre fin aux violences et faire en sorte que les populations civiles se sentent en sécurité.

La France va-t-elle reconnaître ce pouvoir taliban et maintenir une relation diplomatique avec Kaboul en maintenant son ambassade, par exemple ?

Pour l'instant, l'ambassade est maintenue. Comme vous le savez, elle a déménagé pour des raisons de sécurité à l'aéroport. Nous avons toujours un ambassadeur et nous apprécierons la situation en fonction de ce que feront précisément les talibans. Est-ce qu'ils vont par exemple reconnaître les engagements pris par le Conseil de sécurité à l'unanimité sur le respect du droit, sur la nécessité de permettre des évacuations, sur le respect du droit des femmes en particulier ? C'est à cette aune, sur ces critères-là, que l'on pourra apprécier la nouvelle situation. Pour l'instant, nos équipes à Kaboul sont uniquement préoccupées par la sécurisation des retours de nos ressortissants et aussi par le soutien auprès des Afghans qui se sont engagés, sur les droits, sur les droits des femmes, sur les enjeux démocratiques et qui aujourd'hui risquent d'être poursuivis et ne sont plus en sécurité, et envers lesquels nous avons des devoirs moraux que nous allons mettre en œuvre.

Les Occidentaux ont-ils une responsabilité dans les scènes de panique qui ont éte constatées, notamment à l’aéroport de Kaboul ?

S’il y a des interrogations lourdes à avoir, elles portent d'une part sur l'incapacité de l'Etat afghan, que l'on croyait plus solide que ce qu'il n'est en réalité, à se maintenir. C'est un véritable désastre pour l'Etat afghan. Et nous avons pu constater une véritable déroute de l'armée afghane. C’est ce qui a rendu très compliqué le retrait des forces en Afghanistan qui étaient prévu beaucoup plus tard. Je rappelle que la France s'est retirée d'Afghanistan depuis 2012.

Des évacuations sont en cours. Combien y a-t-il encore de Français sur place ? Comment se déroule leur évacuation ?

C'est toujours assez complexe. Le nombre de Français restant en Afghanistan est de quelques dizaines. Certains sont à l'aéroport, d'autres sont dans le site "historique" de notre ambassade. D'autres encore sont sur le territoire afghan, certains à Kaboul, d'autres ailleurs. Et nous sommes en relation avec les uns et les autres pour essayer de les acheminer le mieux possible vers l'aéroport de Kaboul afin de procéder à leur évacuation. Et nous le faisons évidemment en intelligence avec les autorités américaines. Mais nous avons d'autres responsabilités que celles de nos ressortissants. Nous avons la responsabilité de faire en sorte que ceux qui nous ont aidés, je pense en particulier aux agents de droit local qui aidaient l'ambassade, l'Institut français, nos écoles, nos outils culturels, à rentrer en France. Je vous rappelle que nous avons engagé ce mouvement de retour depuis le mois de juillet. Et il y a plusieurs semaines, nous avons incité nos agents de droit local afghan à venir en France avec leurs ayant-droit s'ils le souhaitaient. Mme Parly a incité les auxiliaires de l'armée française à le faire. Et puis, il y a ces personnalités afghanes qui sont un certain nombre et qui souhaitent venir en France parce qu'elles risquent leur vie en restant sur place et que nous voulons accompagner parce que là aussi, c'est un devoir moral.

Il y a les auxiliaires de l'armée française, tous ces Afghans qui ont aidé les Français d'une manière ou d'une autre, et aussi les militants, les artistes qui ont parfois critiqué les talibans. Ces personnes, vous évaluez leur nombre à combien ? Combien de personnes la France doit-elle aider ?

Nous avons déjà rapatrié plus de 800 auxiliaires de l'armée française. Mme Parly a eu l'occasion de le dire, il en reste très peu à rapatrier. Nous sommes tout à fait engagés à le faire parce que c'est un devoir moral. En ce qui concerne les personnalités, c'est quelques centaines, disons entre 300 et 400, qui ont fait savoir qu'elles étaient en danger, en raison de leurs engagements antérieurs, que nous avons identifiées et pour lesquelles nous apportons le soutien logistique nécessaire et, je l'espère, la possibilité d'une évacuation rapide.

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