Trois semaines après la tempête Alex, le maire de Breil-sur-Roya craint des "dégâts psychologiques très importants"

Les habitants touchés par les inondations meurtrières dans les Alpes-Maritimes n'ont toujours pas repris une vie normale.

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Radio France
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Une route détruite par la tempête Alex, entre  Breil-sur-Roya and Fontan (Alpes-Maritimes), le 8 octobre 2020. (NICOLAS TUCAT / AFP)

Trois semaines après le passage de la tempête Alex, au-delà des dégâts matériels, Sébastien Olharan, maire de Breil-sur-Roya a affirmé vendredi 23 octobre sur franceinfo "qu’il y a les dégâts psychologiques qui sont sans doute très importants qu'on n'est pas encore en mesure de quantifier".

franceinfo : Dans quelle situation se trouve votre commune, trois semaines après la tempête Alex ?

Sébastien Olharan : Nous avons énormément de travail à faire pour pouvoir reconstruire notre commune. On a des moyens assez lourds qui sont déployés, notamment dans le lit de la rivière pour conforter les berges, pour essayer de faire des passages à gué pour permettre de désenclaver certains quartiers dont les ponts sont partis au cours de la crue. Et puis, on a surtout cette problématique d'approvisionner, de répondre aux besoins des populations des autres communes de la vallée de la Roya qui, contrairement à Breil-sur-Roya, sont privés de tout accès routier avec des travaux qui vont être absolument colossaux pour pouvoir remettre en état la route départementale de la Roya et un approvisionnement qui peut se faire que pour certaines communes par le train et pour d'autres uniquement par hélicoptère.

Quel est l’état d’esprit des habitants de votre commune ?

Notre commune a été autant touchée que d'autres communes. Mais elle a la chance, contrairement aux autres, d'avoir un axe routier avec l'extérieur. C’est la seule différence. Mais en termes de dégâts, on a été durement touché avec un nombre incalculable d'infrastructures qui ont été emportées, pas mal d'habitations détruites et aujourd'hui, des habitations qui n'ont pas été détruites, mais dont on informe les propriétaires qu'elles sont fragilisées. Je suis obligé de prendre des arrêtés d'évacuation, au moins dans un premier temps, jusqu'à ce qu'il y ait des expertises approfondies. C'est extrêmement dur pour les habitants qui ont vu passer la catastrophe, qui, pour certains, n'ont pas eu de dégât immédiat et qui, à quelques jours, quelques semaines de distance, sont obligés de quitter leur domicile avec toute une grosse problématique qui est le relogement. Des solutions de relogement, il y en a beaucoup et heureusement, on peut reloger les gens. Mais l'enjeu, c'est de les reloger dans nos villages et dans nos vallées parce que si ces personnes-là partent et surtout si ce sont des familles avec des enfants, il y a le risque de ne jamais récupérer ces habitants-là. Donc, il y a un vrai enjeu aussi d'éviter une hémorragie de population et de faire en sorte que la vie demeure dans nos vallées.

Il y a les dégâts visibles, les maisons qui se sont effondrées, mais il y a aussi des dégâts invisibles ?

Il y a les dégâts psychologiques qui sont sans doute très importants qu'on n'est pas encore en mesure de quantifier. On en mesurera l'ampleur, je pense dans quelques semaines, dans quelques mois. Ce qu'on a pu constater, c'est que dans un premier temps, il y a eu de la sidération. Et puis, tout de suite, de l'action. Une mobilisation générale de tous les habitants de la commune de la Vallée. Beaucoup de soutiens venus de l'extérieur, que ce soit des soutiens matériels, logistiques ou des soutiens humains. Et cela a permis aux habitants d'être dans un tourbillon d'actions, dans un élan qui a fait que, comme moi d'ailleurs, comme les élus, comme les agents des collectivités, ils n'ont pas eu le temps vraiment de prendre conscience de l'ampleur des difficultés et surtout comprendre qu’il va falloir du temps avant de reprendre une vie normale. L'inquiétude, c'est le retour à la vie normale qui va forcément être difficile et qui, psychologiquement, pourra avoir de lourdes conséquences sur les populations sinistrées.

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