Séismes en Italie : deux secousses et une théorie du complot

Persuadés que la mesure peut avoir un impact sur les indemnisations, des internautes sont convaincus que le gouvernement maquille la magnitude réelle du séisme du 26 octobre.

Des secouristes traversent les décombres après le séisme à Visso (Italie), le 26 octobre 2016.
Des secouristes traversent les décombres après le séisme à Visso (Italie), le 26 octobre 2016. (MATTEO CROCCHIONI /AP / SIPA)

"Come mai ?" Pourquoi les médias étrangers, comme franceinfo, évoquent une magnitude de 6,1, alors que les médias locaux citent une magnitude de 5,9 ? Voilà la question qui agite de nombreux Italiens, jeudi 27 octobre, au lendemain du tremblement de terre qui a frappé le centre du pays. Pour certains, la question n'aurait rien d'anodin. Un brin complotistes, ils assurent que l'Etat ne débloque les indemnisations qu'à partir d'une magnitude 6, en vertu d'une loi du gouvernement Monti, adoptée en 2012 (certains prétendent aussi qu'un seuil de 6,1 doit être franchi).

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Pour expliquer cette différence de relevés, il faut comprendre que deux centres scientifiques ont livré deux mesures différentes. L'Institut italien de géophysique et de volcanologie (INGV) a enregistré une secousse de magnitude 5,9, alors que l'Institut des études géologiques des Etats-Unis (USGS) parle de 6,1. La confiance accordée par les Italiens à leurs propres institutions étant toute relative, certains ont rapidement nourri des soupçons, accusant le gouvernement d'avoir fait pression sur les chercheurs pour modifier les chiffres officiels.

En témoigne ce type de messages sur les réseaux sociaux : "Comme par magie, un séisme de 6,2 [sic] devient 5,9 quand l'Etat comprend qu'il devra payer tous les dégâts au-dessus d'une magnitude 6... Voici la magie italienne." Ou encore : "[Le président du Conseil, Matteo Renzi] fait le malin. L'INGV aurait modifié les données pour ne pas payer les dégâts."

Magnitude locale ou magnitude de moment ?

En creusant un peu, la thèse ne tient pas très longtemps. D'abord, rappelons que cet écart d'évaluation entre l'INGV et l'USGS est récurrent. Lors du séisme d'Amatrice, en août dernier, le premier évoquait une magnitude de 6, pour 6,2 pour le second. Sept ans plus tôt, lors du drame de L'Aquila, l'institut italien évoquait 5,8, et l'américain parlait d'une mesure de 6,2.

Pourquoi cette différence ? Tout simplement parce que l'institut italien utilise la magnitude locale (Ml), quand l'américain adopte la magnitude de moment (Mw). Difficile, dans ces conditions, de comparer les deux relevés. L'USGS s'en explique d'ailleurs (en anglais) : "même pour des événements bien enregistrés, des différences de magnitude de 0,2 ou 0,3 unités sont fréquentes". Il faut encore prendre en compte la marge d'erreur, généralement admise à hauteur de 0,2.

Ensuite, la question n'est pas là. Le texte invoqué par les complotistes, l'article 2 de la loi sur la réorganisation de la protection civile, excluait l'intervention de l'Etat pour dédommager les dégâts sur les bâtiments afin d'ouvrir la voie à un régime spécial pour les catastrophes naturelles. Or, comme le rappelle La Stampa (en italien), cet article 2 a été supprimé deux mois plus tard, après, justement, un séisme en Emilie-Romagne.

3,5 milliards d'euros versés aux sinistrés en août

La référence au seuil de magnitude, elle, s'appuie sur un décret de 2009, qui entend réserver les efforts aux communes concernées par un séisme "égal ou supérieur au sixième degré". Sauf que le texte n'évoque pas une magnitude, mais une intensité, mesurée sur l'échelle de Mercalli, qui prend en compte les dégâts, rappelle la version italienne de l'International Business Times (en italien).

Quand il s'agit d'indemnisation, rien ne sert de débattre des différences de relevés entre l'USGS et l'INVG. Mieux vaut prendre le temps d'évaluer les destructions pour juger des efforts des autorités, déjà mises à contribution après le drame du mois d'août. Quelque 3,5 milliards d'euros seront versés aux sinistrés d'Amatrice pour reconstruire les habitations privées – y compris les logements secondaires – selon un plan dévoilé mi-octobre, cité par La Repubblica (en italien). S'il est trop tôt pour connaître l'aide apportée aux nouveaux sinistrés, l'indépendance des chercheurs italiens de l'INVG est hors de cause.