Nouveaux séismes sur l'île de Lombok : "La zone est en train de s'activer plutôt vers l'est"

Pascal Bernard, sismologue à l'Institut physique du globe de Paris a réagi sur franceinfo suite aux deux nouveaux séismes qui ont touché l'île de Lombok dimanche. 

Photo du village de Pemenang au nord de Lombok le 7 août 2018.
Photo du village de Pemenang au nord de Lombok le 7 août 2018. (SONNY TUMBELAKA / AFP)

Deux nouveaux séismes, dont un de magnitude 6,9 sur l'échelle de Richter, ont frappé l'île de Lombok, en Indonésie, dimanche 19 août, à plusieurs heures d'intervalle, au même endroit, ou presque, là où il y a deux semaines, le 5 août, un tremblement de terre avait fait plus de 460 morts.

"La zone est en train de s'activer plutôt vers l'est", estime sur franceinfo Pascal Bernard, sismologue à l'Institut physique du globe de Paris.

franceinfo : Pouvez-vous nous en dire plus sur la secousse de ce soir ?

Pascal Bernard : Cette secousse a probablement activé la zone qui est juste à l'est des secousses précédentes. La zone est donc en train de s'activer plutôt vers l'est, c'est d'ailleurs une faille qui est bien connue, qui longe les îles au nord et s'éloigne a priori des zones très peuplées de Bali, puisque la population est bien moindre vers l'est. Le risque de tsunami est assez faible, ce ne sont pas des séismes très importants. C'est inquiétant au niveau de la magnitude, mais comme on s'éloigne des populations, le risque est moins élevé. Localement, des glissements de terrain pourraient amplifier les ondes marines. On est surpris par ce genre de magnitudes, mais ce n'est pas rare d'avoir deux séismes consécutifs à deux semaines d'intervalle, qui ont en gros la même magnitude.

Dès ce matin, on a eu une secousse de magnitude 6,3. Peut-on prévoir une accélération ?

Le rythme des répliques a plutôt tendance généralement à se ralentir : on a une grosse secousse puis des secousses plus petites dont le nombre décroît avec le temps. De temps en temps, une des secousses suivantes peut malheureusement être de même magnitude que la précédente, la plus grosse. Le 5 août, on en a eu une de magnitude 6,9, et le 19 août on en a eu une de même magnitude. C'est quelque chose qui se produit rarement, environ une fois sur dix. Ça va se poursuivre avec des séismes plus petits, mais rien n'empêche que d'ici quelques semaines ou quelques mois, on ait un séisme d'une magnitude autour de 7, mais plutôt vers l'est. Connaissant la structure des failles de cette zone, la probabilité la plus grande, c'est que s'il y a des gros séismes, ils se déplacent vers l'est des îles et non pas vers l'ouest, vers Bali. La grande structure active, qui est bien identifiée, la faille de Flores, s'arrête sur l'île de Lombok et ne va pas plus vers l'ouest.

Doit-on s'attendre à de nouvelles répliques ?

Tout à fait. Une magnitude 6,9 signifie une faille de 30, voire 50 kilomètres de long, et que les deux blocs de part et d'autre glissent, pour simplifier, de deux, trois mètres. Ces mouvements font des vibrations et des déformations des roches terrestres autour de la faille qui casse et les failles voisines sont comprimées, sollicitées, affaiblies... elles vont casser à leur tour avec un délai, et c'est précisément les répliques. Quand on parle d'activation sismique, c'est simplement l'effet de la grosse secousse qui va perturber les failles voisines.