Risque de sécheresse en France : les pluies du printemps ont été absorbées par la végétation, explique une hydrologue

Les nappes phréatiques n'ont pas bénéficié des pluies du mois de mai, explique Emma Haziza, hydrologue. Au-delà de l'été 2021, c'est tout notre modèle de consommation de l'eau qui est à revoir.

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Les premiers effets de la sécheresse sont attendus d'ici la fin juin, principalement dans l'est de la France. (NOÉMIE GUILLOTIN / FRANCE-BLEU POITOU)

Une nouvelle sécheresse risque de toucher une grande partie de la France cet été, en particulier la moitié Est, selon les prévisions du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) en charge des nappes phréatiques. "On a des déficits de pluviométrie qui se mettent en place dès le printemps et les pluies atteignent rarement les nappes phréatiques", a expliqué lundi 15 juin Emma Haziza, hydrologue, spécialiste de l’adaptation face au changement climatique et présidente-fondatrice du centre de recherche Mayane.

franceinfo : Les pluies du mois de mai n'ont pas été suffisantes pour éloigner la menace d'une sécheresse ?

Emma Haziza : Les pluies qui se produisent au printemps chaque année, on se rend compte depuis ces quatre dernières années qu'elles ne sont pas toujours efficaces. Cette année, elles ont été efficaces plutôt dans le Grand Est, mais n'ont pas été efficaces sur tout le reste de la France. Dans la zone Rhône, Méditerranée et Provence toutes les pluies ont été absorbées par la végétation et n'atteignent que très rarement les nappes.

 La sécheresse est-elle inévitable ?

C'est ce que nous annoncent les tendances puisque les prévisions saisonnières de Météo France mettent en évidence un été particulièrement chaud, au-delà des normes habituelles. On sait très bien que dès qu'on a des excès de température, que ce soit des vagues de chaleur ou des canicules, cela accélère ce phénomène de sécheresse sur des territoires déjà extrêmement vulnérables, puisque les nappes ont vécu des tarissements successifs.

Peut-on encore parler d'exception ?

On a vraiment le sentiment que cette exception est en train de devenir la règle. On a toujours d'assez bonnes pluies d'hiver qui permettent de recharger les nappes, mais on se rend compte qu'on a des déficits de pluviométrie qui se mettent en place dès le printemps, qui sont plus ou moins précoces. Et dès qu'il y a la reprise de la végétation au printemps, on se retrouve directement avec des records qui sont accélérés par des températures toujours supérieures à la normale. 2020 a été le record absolu en France en matière de températures, c'est l'année la plus chaude qui a été enregistrée.

"Un Français consomme entre 5 000 et 7 000 litres d'eau par jour".

Emma Haziza

à franceinfo

Craignez-vous une crise de l'eau ?

Oui, parce que l'eau n'est pas seulement l'eau potable que l'on peut avoir à notre robinet, c'est aussi ce qui constitue notre assiette, qui nous permet de manger. Un Français consomme entre 5 000 et 7 000 litres d'eau par jour à travers son alimentation, son mode de vie. Si vous souhaitez continuer à préserver notre système énergétique en France, pour avoir de l'énergie, dans la plupart des cas il faut avoir de l'eau. On se rend compte que derrière la question de l'eau se cachent des questions sociétales beaucoup plus prégnantes qui risquent de nous atteindre dans notre mode de vie. A ce stade, on peut mettre beaucoup de solutions en place, une refonte de notre système agricole... Il faut réfléchir sur le plan énergétique et sur les industriels qui sont les plus grands consommateurs d'eau. L'eau domestique reste une part extrêmement modérée.

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