Amérique centrale : l'ouragan Iota "est le treizième de la saison, c'est quand même hors norme", estime l'experte climat de l'ONG Care

L'ouragan Iota a touché la nuit dernière le Nicaragua, déjà dévasté par le cyclone Eta il y a deux semaines.

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Radio France
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Un homme fait du vélo à Bilwi, Puerto Cabezas, au Nicaragua, le 16 novembre 2020 alors que l'ouragan Iota traverse les Caraïbes en direction de la frontière entre le Nicaragua et le Honduras. (STR / AFP)

"C'est le treizième ouragan de la saison, le deuxième aussi fort en deux semaines. Les populations, même si elles ont l'habitude d'ouragans, c'est quand même hors norme", a réagi ce lundi sur franceinfo, Aurélie Ceinos, experte climat pour l’ONG Care, alors que l'ouragan Iota a touché la nuit du lundi 16 novembre le Nicaragua, déjà dévasté par le cyclone Eta il y a deux semaines. Des dizaines de milliers de personnes ont dû être évacuées au Nicaragua, mais aussi au Honduras, au Guatemala, et le Salvador est en état d'alerte maximum.

"Ce cyclone-là a des vents destructeurs. Les premières pointes ont été notées à presque 250 km/h, a expliqué Aurélie Ceinos. Iota est le plus fort ouragan de la saison à arriver en novembre. Le dernier ouragan de cette puissance à avoir frappé en novembre c'était en 1932." L'experte climat estime que la succession de ces phénomènes il y a "un impact sur la possibilité de se préparer pour les populations et de récupérer avant de faire face à un nouvel aléa" climatique.

franceinfo : Cet ouragan est le treizième de l'année à frapper l'Amérique centrale. Il est particulièrement dangereux ?

Aurélie Ceinos : Oui, il est particulièrement dangereux parce qu'il survient après le passage de l'ouragan Eta qui a touché terre à une vingtaine kilomètres de la zone frappée et les sols sont déjà saturés en eau. Il y a plus de 3 millions de personnes qui ont été impactées et qui sont déjà donc particulièrement vulnérables à ce nouveau cyclone. Et puis, ce cyclone a des vents destructeurs. Les premières pointes ont été notées à presque 250 km/h. Donc, même s'il faiblit dans les prochaines heures, il a déjà fait des dégâts. La deuxième cause de graves dommages potentiels, c'est le cumul des pluies. On attend près de 400 mm dans les prochains jours. Et ce sont ces phénomènes qui vont causer le plus de victimes avec les glissements de terrain et les inondations que cela peut entraîner.

On est dans un contexte de Covid-19 dans ces zones. Même si les autorités ont ordonné aux habitants de quitter les lieux, certains refusent de se rendre dans les refuges qui sont déjà saturés car ils craignent d'attraper le Covid-19.

Aurélie Ceinos, experte climat pour l’ONG Care

à franceinfo

On a déjà eu 200 morts causés par l'ouragan précédent et on peut en attendre peut-être plus dans les prochains jours malheureusement, c'est une zone particulièrement touchée. C'est le treizième ouragan de la saison, le deuxième aussi fort en deux semaines. Les populations, même si elles ont l'habitude d'ouragans, c'est quand même hors norme cette fois.

À quoi s'ajoutent 30 tempêtes tropicales cette saison, dans les Caraïbes. C'est le nombre qui est exceptionnel ou c'est la puissance de ces phénomènes ?

Il y a différentes choses qui sont exceptionnelles, il y a l'enchaînement de deux cyclones aussi forts dans un intervalle aussi court. On voit rarement ça. Il y a le nombre, c'est le troisième ouragan de la saison en Amérique centrale et le vingt neuvième dans l'Atlantique. Donc ça, c'est aussi un record. Et il y a la temporalité dont on n'a pas encore parlé. Iota est le plus fort ouragan de la saison à arriver en novembre. Le dernier ouragan de cette puissance à avoir frappé en novembre c'était en 1932. Tous ces éléments ont un impact sur la possibilité de se préparer pour les populations, et de récupérer avant de faire face à un nouvel aléa qui est un élément essentiel pour limiter les dégâts.

Avec le réchauffement climatique, ces ouragans sont plus forts, plus longtemps une fois qu'ils ont touché terre ?

Globalement, on attend une baisse de la fréquence des cyclones tropicaux sur l'ensemble de la planète. Mais les experts du Giec, le Groupe intergouvernemental des experts sur le climat, estiment que les plus gros cyclones seront probablement plus puissants, avec des vents maximums plus élevés et des précipitations aussi plus intenses. Comment ça marche ? Assez simplement. C'est l'augmentation de la température de surface de l'océan, couplée à l'augmentation de la température de l'atmosphère, qui va permettre aux cyclones qui se sont déjà formés de puiser plus d'énergie pour se renforcer.

Quand on a plus d'humidité dans l'atmosphère, les cyclones se renforcent et on a des pluies cycloniques plus fortes qui vont impacter les populations.

Aurélie Ceinos, experte climat pour l’ONG Care

à franceinfo

Il y a quand même beaucoup de systèmes d'alerte pour se préparer qui existent, mais ils ont du mal à faire face à cette augmentation de fréquence, d'intensité, dans des régions qui sont déjà souvent assez pauvres. Donc, on a besoin de plus de moyens pour y faire face. Il y a aussi besoin de faire en sorte que les pays industrialisés prennent leurs responsabilités et baissent leurs émissions de gaz à effet de serre parce que c'est ça qui permettra de ralentir le changement climatique.

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