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Irma : "Derrière le cyclone, ce sont des vies perdues, des personnes fragilisées psychologiquement et matériellement"

Lilian Thuram, ancien footballeur professionnel, est né et a grandi en Guadeloupe. Il est revenu, jeudi soir pour franceinfo, sur l'ouragan Irma pour raconter son expérience face à ces situations météorologiques.

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Radio France
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L'île de Saint-Bathélemy après le passage de l'ouragan Irma, le 7 septembre 2017. (QUENTIN LIOU / TWITTER)

L'ancien footballeur de l'équipe de France Lilian Thuram, qui est né et a grandi en Guadeloupe, a réagi, jeudi 7 septembre sur franceinfo, après le passage de l'ouragan Irma. Il appelle à la solidarité et à "réfléchir sérieusement au réchauffement climatique".

franceinfo : Quand vous avez vu les premières images des dévastations, quel sentiment cela vous inspire ?

Lilian Thuram : D'abord il y a eu une très grande peur parce qu'on savait la puissance de l'ouragan. Quand ça se passe, on espère qu'il y a le moins de blessés possibles. Lorsque que vous vivez dans les Antilles, quand vous grandissez dans les Antilles, vous savez qu'il y a le risque de cyclones. Les gens sont donc toujours préparés à cette peur de perdre les choses matérielles. Et lorsque le cyclone arrive, c'est : comment on va survivre ? Les jours d'avant, c'est se procurer de l'eau, des piles, des bougies, de la nourriture. Ce qu'il faut déplorer dans ces moments-là, c'est qu'il y ait des personnes qui décèdent.

Vous avez grandi avec cette peur-là, cette culture-là ?

Je me souviens très bien, lorsque j'étais enfant, et qu'on nous disait qu'un cyclone s'approchait. Lorsque vous êtes enfant, vous êtes un peu inconscient. Vous voyez les adultes clouer des choses, préparer des choses, mais vous êtes un peu dans l'amusement. C'est en grandissant que vous comprenez qu'il y a la peur de tout perdre, de perdre sa maison, comme ce qui s'est passé à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin, et aussi qu'il y a des risques pour sa vie. Je me souviens très bien d'amis (...) qui disaient qu'avoir survécu à Hugo, c'était en fait des ressuscités. On ne se rend pas compte lorsqu'on ne grandit pas dans des zones où il y a une période cyclonique. Les gens regardent ça avec distance parfois. Ils ne se rendent pas compte que derrière il y a des risques de perte de vie, qu'il y a des gens qui vont tout perdre matériellement et que ça va être un désastre total.

Quand vous voyez les images des ravages, vous vous demandez comment vous pouvez être utile ?

Je ne me pose pas cette question. Je me dis, est-ce que certaines personnes se rendent compte que notre façon de vivre, fait en sorte que dans les années à venir, il y aura encore plus de cyclones, de force encore plus énorme ? En fait, il y a un irrespect de la nature, parce qu'il y a un réchauffement climatique qui est dû quand même à notre façon de vivre depuis des siècles. Et j'ai l'impression qu'on ne se dit pas : 'Tiens, il va quand même falloir réfléchir sérieusement à ce que ce réchauffement climatique soit pris au sérieux'. C'est ça qui me fait peur.

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