Deux mois après l'ouragan Irma, la rentrée scolaire à Saint-Martin "n'est pas normale", dénonce un enseignant

En déplacement à Saint-Martin, le Premier ministre s'est félicité de la reprise des cours sur l'île. Pourtant, dans certains établissements, les conditions d'enseignement restent précaires.

Une salle de classe fermée dans le lycée du quartier de La Savane à Saint-Martin, le 6 novembre 2017, deux mois après le passage de l\'ouragan Irma.
Une salle de classe fermée dans le lycée du quartier de La Savane à Saint-Martin, le 6 novembre 2017, deux mois après le passage de l'ouragan Irma. (LAURENT BAYLY)
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Carole BélingardFrance Télévisions

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La réouverture des écoles était une des priorités affichées par Emmanuel Macron après le passage dévastateur de l'ouragan Irma. Deux mois après, les élèves ont retrouvé leurs classes, lundi 6 novembre, à Saint-Martin et à Saint-Barthélemy. "On a un retour à la normale, c’est important de le constater aujourd’hui puisque nous nous y étions engagés. Ce que nous constatons, c’est une mobilisation de tous. Cela se traduit par près de 700 professeurs qui sont présents, 90% des professeurs de Saint-Martin", a assuré Jean-Michel Blanquer sur BFMTV.

Le ministre de l'Education nationale a tenté d'éteindre l'incendie après les propos de la ministre des Outre-mer. Annick Girardin a réclamé, vendredi, des sanctions contre les enseignants qui ont quitté l'île après l'ouragan et ne sont pas revenus. Dans la foulée, Jean-Michel Blanquer a affirmé que seules "13 personnes ne s'étaient pas signalées auprès du rectorat de Guadeloupe""Ces propos ont été reçus comme une insulte et ne correspondent pas à la réalité", lance cependant Laurent Bayly, professeur d'histoire-géographie à Saint-Martin, contacté par franceinfo.

"Il va falloir de gros travaux"

En déplacement à Saint-Martin, le Premier ministre, Edouard Philippe, a lui aussi salué la reprise des cours. "On a une rentrée qui, globalement, et je le dis avec humilité, se passe bien et c’est indispensable parce que c’est un des éléments du retour à la normale", a-t-il déclaré à la presse.

Pourtant, les conditions de travail restent bien précaires dans certains établissements. C'est le cas, par exemple, au lycée du quartier de La Savane, à Saint-Martin. "Dire que la situation est normale, c'est une plaisanterie", s'indigne Laurent Bayly, professeur dans cet établissement. Seule la moitié des locaux est disponible. La pluie abondante des vacances de la Toussaint a inondé des salles de classe qui n'étaient pas encore en état. "Il va falloir de gros travaux", prévient l'enseignant.

"On ne peut pas improviser"

Les salles faisant défaut, les élèves sont regroupés et les professeurs sont amenés à "co-enseigner". "Pourquoi pas ? On n'est pas contre, mais cela ne peut pas s'improviser, et là, on a appris ça deux jours avant la rentrée. Il y a forcément une dégradation de l'enseignement", regrette Laurent Bayly.

Et de nombreux détails ne sont toujours pas réglés. "Là, il est 11 heures, et on ne sait toujours pas s'il y aura un service de restauration à midi", explique le professeur. Et si les élèves ne peuvent pas manger, les cours ne sont pas assurés l'après-midi. 

On ne peut pas les garder toute une journée dans l'établissement sans qu'ils puissent manger.

Laurent Bayly, enseignant

à franceinfo

L'envie de reprendre les cours est bien là, assure le professeur, tant du côté des élèves que des enseignants. Mais le retour à la normale est encore loin. Trois écoles et un collège, détruits par Irma, restent fermés à Saint-Martin ce lundi, confirme le ministère de l'Education nationale. Un système de rotation a été mis en place dans certains établissements. Par ailleurs, quinze écoles, deux collèges, une cité scolaire et deux lycées professionnels ont été partiellement endommagés.

"Les choses reprennent, mais pas aussi facilement qu'on le voudrait. Nous avons une école qui sert encore de centre d'hébergement, par exemple, explique à franceinfo Mehdi Boucard, directeur de l'éducation à la collectivité de Saint-Martin. Et puis, pour la reconstruction des établissements, il faut aussi tenir compte des délais d'appels d'offres."