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Tribune "L'Etat doit engager la transition écologique du secteur aérien au lieu de relancer la croissance"

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France Télévisions
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Des manifestants contre le projet d'extension de Roissy-Charles-de-Gaulle (Val-d'Oise), le 3 octobre 2020. (JULIEN HELAINE / HANS LUCAS / AFP)

Des salariés dans l'aéronautique et des militants pour le climat demandent au gouvernement de mener une politique pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre due à l'aviation. Pour parvenir aux objectifs fixés par l'accord de Paris, il faudrait ainsi "réduire de moitié le nombre de passagers annuels d'ici 20 ans maximum", écrivent-ils.

En octobre 2020, une centaine de manifestants ont investi le tarmac de Roissy-Charles-de-Gaulle pour protester contre le projet d'extension de l'aéroport. Si le projet a été abandonné depuis, sept manifestants sont jugés, jeudi 7 octobre, pour ce coup d'éclat. Pire, selon les signataires de cette tribune, le gouvernement continue de soutenir le secteur aérien sans contrepartie écologique et sociale. Ils s'expriment ici librement.


La crise sanitaire a mis un coup d'arrêt sans précédent à la croissance du secteur aérien. Après cette crise, le gouvernement et les décideurs du secteur ne souhaitent pourtant qu'une chose : faire repartir cette croissance comme avant, comme si celle-ci était compatible avec nos engagements climatiques. L'Association internationale du transport aérien (Iata) a d'ailleurs annoncé il y a quelques mois prévoir un doublement du trafic aérien d'ici 20 ans.

Or pour s'aligner avec l'Accord de Paris, il est nécessaire de diviser par deux nos émissions d'ici 2030, et par cinq d'ici 2050. Pour espérer y parvenir, tous les secteurs sans exception doivent y contribuer. Pour l'aviation, cela signifie réduire de moitié le nombre de passagers annuels d’ici 20 ans maximum, selon un rapport du cabinet BL Evolution. L'année dernière, Corinne Le Quéré, présidente du Haut Conseil pour le climat, avait alerté : "Ce n'est pas le moment de soutenir l'aviation coûte que coûte, mais d'ouvrir le débat sur le fait de réduire les déplacements en avion."

"Les progrès technologiques ne suffiront pas"

Car les progrès technologiques ne suffiront pas : l'avion à hydrogène, s'il voit le jour, ne serait pas généralisé avant 2050, comme vient de le confirmer Airbus. Quant aux agrocarburants, la France ne prévoit de les mélanger au kérosène qu'à hauteur de 5% en 2030, par manque de ressources disponibles. Par ailleurs, les émissions du secteur de l'aviation sont réparties de manière particulièrement injuste : 1% de la population mondiale est responsable de 50% des émissions du secteur aérien (en anglais).

Les impacts du changement climatique sont pourtant subis par toutes et tous, et en particulier par les populations les plus pauvres. En dépit des faits et des alertes scientifiques, le gouvernement a annoncé l'année dernière un plan de "sauvetage" du secteur aérien.

"Cette injection massive d'argent public est déployée sans aucune contrepartie écologique ou sociale sérieuse."

Les signataires de la tribune

Côté écologie, les mesures proposées par la Convention citoyenne pour le climat ont été vidées de leur substance : la dizaine de projets d'extension d'aéroport en France n'est pas remise en cause par la loi Climat et seules trois lignes aériennes intérieures sur une centaine seront interdites. Côté social, des plans de licenciement et de restructurations ont été appliqués dans de nombreuses entreprises du secteur alors même qu'elles recevaient des aides publiques. Chez Air France, par exemple, en dépit des 8 milliards injectés par l'Etat, plus de 8 000 emplois vont être supprimés.

"Il ne manque que la volonté politique"

Il est urgent que l'Etat, les collectivités locales et les dirigeants d'entreprise du secteur prennent enfin les mesures nécessaires pour réduire progressivement le niveau de trafic aérien afin de tenir nos engagements climatiques : interdiction des extensions d'aéroport et des lignes intérieures substituables en train en moins de 4 heures, plafonnement du trafic pour chaque aéroport, développement de l'alternative ferroviaire, baisse du prix des billets de train, taxation du kérosène… Ces mesures doivent s'accompagner d'un plan de transition du secteur aérien (diversification des activités de la filière, sécurisation des emplois sans dégradation des droits des salariés, aides à la reconversion) élaboré avec les salariés eux-mêmes. Les solutions sont connues, la seule chose qui manque, c'est la volonté politique pour les mettre en œuvre.

Les signataires :

Alternatiba
ANV-COP21
Collectif Non au T4
Coordination CGT de l'aéronautique
Chercheurs de l'Atelier d'écologie politique de Toulouse (Atécopol)
Union Française contre les nuisances des Aéronefs (UFCNA)
Étudiants pour une aéronautique soutenable (EAS)
Collectif Pensons l'Aéronautique pour Demain (PAD)
Collectif de salariés du secteur aérien ICARE.

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