Sommets pour le climat : la mobilisation des jeunes "est doublement importante" pour le climatologue Jean Jouzel

Selon l'ancien vice-président du Giec, les jeunes d'aujourd'hui devraient être les premiers à subir les conséquences du réchauffement climatique.

\"Toutes les projections que nous avions faites il y a une trentaine d\'années se réalisent\" expliquent l\'ancien vice-président du Giec.
"Toutes les projections que nous avions faites il y a une trentaine d'années se réalisent" expliquent l'ancien vice-président du Giec. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

"La mobilisation des jeunes est doublement importante", a estimé lundi 5 août Jean Jouzel sur franceinfo. Le climatologue, ancien vice-président du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec), réagit alors que la Suisse accueille deux sommets majeurs sur le climat : le sommet "Smile for Future" avec Greta Thunberg à l'université de Lausanne jusqu'au 9 août, et la réunion du Giec à Genève sur le changement climatique et les terres, jusqu'au 8 août.

franceinfo : Le mois de juillet 2019 a été le mois le plus chaud jamais mesuré dans le monde, selon les données du service européen Copernicus sur le changement climatique. Ce constat ne donne pas de quoi "redonner le sourire à l'avenir", contrairement à ce que laisse penser le sommet "Smile for Future".

Jean Jouzel : C'était le mois le plus chaud au niveau planétaire, c'était aussi le cas pour le mois de juin, et nous sommes partis pour avoir peut-être l'été le plus chaud depuis 150 ans. Nous avons aussi eu ces fontes des glaces du Groenland extrêmement importantes au tout début du mois d'août.

Malheureusement, les projections que nous avions faites il y a une trentaine d'années se réalisent, aussi bien en termes de vitesse du réchauffement climatique que d'intensification des phénomènes extrêmes, comme les canicules plus intenses, plus précoces et plus fréquentes. Tout cela justifie largement la mobilisation des jeunes et le rapport du Giec, dont les résultats seront connus jeudi 8 août. Ce rapport va s'inscrire dans une dynamique qui ne sera pas forcément très positive, puisqu'il s'agira des aspects liés à l'alimentation, à la diversification et à l'utilisation des terres.

Est-ce à la société civile de prendre les devants désormais ?

Tout le monde doit les prendre. Les décideurs politiques ont un rôle à jouer, ils l'ont fait lors de l'accord de Paris. Même s'il n'était pas assez ambitieux, il y a eu un effort de fait. Mais il faut que tout le monde joue son rôle : la société civile, les élus nationaux, régionaux, locaux, les entreprises, les associations, les jeunes bien sûr, etc

Les jeunes sont doublement concernés, à la fois par l'inaction dont ils devraient être les premiers à subir les conséquences dans la deuxième partie de ce siècle, et par l'action qu'ils souhaitent entraîner. Ils ont raison. Il faut agir maintenant, définir une stratégie. Je pense que Greta Thunberg donnera de la visibilité à ce sommet, mais il faut que tout le monde se mobilise.

L'un des sujets abordés lors de ce sommet, c'est la fonte des glaces au Groenland. C'est un épisode dramatique qu'on a connu cet été ?

Les températures battent tous les records au Groenland, encore 3°C supplémentaires. Récemment, il y a eu une centaine de milliards de mètres cubes de glace qui a fondu en une seule journée. La fonte du Groenland contribue pour un tiers à la montée du niveau de la mer, cela représente environ un millimètre de plus chaque année. Et le mouvement va s'accentuer.

Si nous ne faisons rien pour lutter contre le réchauffement climatique, il y a ce risque que le Groenland ne fonde complètement, à échéance de quelques siècles. Cela représenterait sept mètres d'élévation supplémentaire du niveau de la mer. L'Antarctique est lui aussi assez fragile, de même que tous ces glaciers continentaux, comme les glaciers des Alpes. Nous verrons à la fin de l'été, mais le bilan risque d'être très négatif pour "nos" glaciers.