Dérèglement climatique : des Suisses organisent des funérailles pour un glacier disparu

Le Pizol "a tellement perdu de sa substance que, d'un point de vue scientifique, il n'est plus du tout un glacier", a expliqué l'Association suisse pour la protection du climat.

Environ 250 personnes ont participé aux funérailles du glacier le Pizol, le 22 septembre 2019, en Suisse. 
Environ 250 personnes ont participé aux funérailles du glacier le Pizol, le 22 septembre 2019, en Suisse.  (FABRICE COFFRINI / AFP)

Comme en Islande il y a quelques semaines, des Suisses ont commémoré, dimanche 22 septembre, la disparition d'un des glaciers alpins les plus étudiés, le Pizol, sous l'effet du réchauffement climatique. Environ 250 personnes, dont certaines étaient vêtues de noir, se sont réunies pour une longue "marche funèbre" en montagne. 

A lire aussi : Au fil de l'Ok, sur la trace du premier glacier islandais victime du réchauffement climatique

Ils ont rejoint après deux heures de marche le pied de l'ancien glacier situé près du Liechtenstein et de l'Autriche, aux alentours de 2 700 mètres d'altitude. "Nous sommes là pour dire au revoir" au Pizol, a déclaré à la foule Matthias Huss, glaciologue à l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich, tandis qu'Eric Petrini, l'aumonier paroissial de Mels, la commune où se situait le glacier, en a appelé "à l'aide de Dieu pour relever le défi énorme du changement climatique".

Cette cérémonie intervient à la veille du sommet spécial de l'ONU sur le climat, lundi à New York, auquel participeront plusieurs chefs d'Etat et de gouvernement, qui sont appelés à renforcer leurs engagements pour limiter le réchauffement du globe à 1,5 °C ou 2 °C par rapport à la période préindustrielle, au XIXe siècle. En Suisse, le Pizol "a tellement perdu de sa substance que, d'un point de vue scientifique, il n'est plus du tout un glacier", a expliqué Alessandra Degiacomi, de l'Association suisse pour la protection du climat, une des ONG à l'origine des funérailles.

Il a perdu 80% à 90% de son volume

Les participants, parmi lesquels figuraient des enfants, ont déposé des fleurs, mais aucune plaque commémorative, contrairement à ce qu'avaient fait les Islandais le 18 août en mémoire de l'Okjökull, le premier glacier de l'île à avoir perdu son statut. Mais, en Suisse comme en Islande, deux pays connus pour leurs glaciers, l'inquiétude des scientifiques est la même face au réchauffement climatique.

"Depuis 1850, on estime qu'il y a plus de 500 glaciers suisses qui ont complètement disparu", dont seulement 50 avaient un nom, alerte Matthias Huss. "Alors le Pizol, ce n'est pas le premier. Mais on peut le considérer comme le premier glacier suisse en train de disparaître qui a été très bien étudié", et ce depuis 1893, souligne-t-il. Le constat est sans appel : depuis 2006, il a perdu 80% à 90% de son volume. Seuls subsistent 26 000 m² de glace, soit "moins de quatre terrains de football", précise Matthias Huss.