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Rapport du Giec : "L'être humain doit sortir de son inertie, de sa paresse, parfois de sa bêtise", estime l'explorateur Bertrand Piccard

"Il faut que les flux financiers investissent au bon endroit en regardant un tout petit peu plus loin que le bout de leur nez", appelle le fondateur de la fondation Solar Impulse qui a recensé 1 350 solutions pour le climat.

Article rédigé par France Info
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Temps de lecture : 4 min
L'explorateur Bertrand Piccard, fondateur de la fondation Solar Impulse, 23 mars 2022. (JEAN FRAN?OIS OTTONELLO / MAXPPP)

"L'être humain doit sortir de son inertie, de sa paresse, parfois de sa bêtise", juge mardi 5 avril sur franceinfo Bertrand Piccard, le fondateur de la fondation Solar Impulse qui a recensé plus de 1 000 solutions pour le climat, au lendemain de la publication du troisième et dernier volet du sixième rapport du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat). Il estime que les solutions au réchauffement climatique sont "exactement les mêmes" que les décisions qui doivent être prises envers la Russie pendant la guerre en Ukraine.

franceinfo : Quelles sont les solutions pour sauver la planète ?

Bertrand Piccard : Les solutions sont exactement les mêmes, ce qu'on doit appliquer dans la situation ukrainienne est ce qu'on doit appliquer pour le climat : arrêter le gaspillage énergétique, le gaspillage alimentaire, le gaspillage de tous les produits qu'on achète, qu'on fait venir de très loin à grand coup de transport, entrer dans une économie circulaire, agir sur la finance et bien sûr sur la législation, parce qu'aujourd'hui, il est encore permis légalement de polluer et de gaspiller. C'est ce qu'il faut changer, le Giec l'explique très bien. À partir de là, toutes les solutions techniques vont pouvoir être utilisées. Il y en a des centaines ! Nous, on en a répertorié 1 350.

Est-ce que cela va faire mal au portefeuille ?

Non, parce que les énergies fossiles aujourd'hui coûtent plus cher que les énergies renouvelables. Il faut que les flux financiers investissent au bon endroit en regardant un tout petit peu plus loin que le bout de leur nez. C'est tellement plus simple de continuer ce qu'on a toujours fait mais c'est tellement plus rentable et tellement plus sain d'investir dans le solaire, l'éolien, l'hydroélectrique, la géothermie profonde ou de surface, la biomasse. C'est vrai qu'il faut faire un petit effort, mais toutes les transitions permettent de moderniser leurs infrastructures donc de créer de l'emploi, de créer du pouvoir d'achat, de diminuer la dépendance aux régions qui gardent des monopoles énergétiques. Ce sont des choses qui vont nous permettre de vivre nettement mieux, de dépenser beaucoup moins d'argent, d'être beaucoup plus efficients, beaucoup plus propres, beaucoup plus écologiques. Si les gens et les entreprises en sont conscients, les législations de suivent pas. Il n'y a pas de vraie incitation.

"Il n'y a pas de vrai leader qui dit qu'on peut en même temps faire de l'écologie, de l'économie, de l'industrie, de la finance, du pouvoir d'achat. C'est ça qui manque."

Bertrand Piccard, le fondateur de la fondation Solar Impulse

à franceinfo

Le Giec présente la captation de CO2 comme l'une des solutions. Quand parviendra-t-on à le faire ?

C'est possible techniquement, ça se fait déjà, mais aujourd'hui c'est encore trop cher pour que ça entre dans les mœurs. C'est comme le solaire il y a 20 ans, quand ça coûtait 40 fois plus cher qu'aujourd'hui. Mais les techniques existent. L'entreprise Climeworks fait beaucoup parler d'elle en ce moment parce qu'elle a un mandat de l'Islande pour utiliser de l'énergie géothermique pour absorber le CO2 et le stocker dans le sol. C'est quelque chose qui va peut-être se généraliser mais c'est encore un peu de la musique d'avenir alors que la musique d'aujourd'hui doit consister à être beaucoup plus efficients, c’est-à-dire utiliser moins d'énergie, moins de ressources, moins de produits pour fabriquer tout ce qu'on fabrique aujourd'hui et obtenir des résultats encore meilleurs, avant de vouloir produire plus, de vouloir compenser les erreurs en absorbant du CO2. Soyons logiques autant qu'écologiques.

Parvenez-vous à rester optimiste ?

Je ne suis pas optimiste, je suis réaliste. Je sais que si on sort des idéologies de gauche ou de droite, d'économie ou d'écologie, on arrive à réunir tous les acteurs pour obtenir un résultat. Si on ne le fait pas, on va avoir une qualité de vie misérable. Une augmentation de température de deux degrés dans l'atmosphère, c'est la même chose qu'une température supérieure de deux degrés dans le corps : on court aux soins intensifs parce qu'on est malade. 

"Ça ne va pas être des soirées barbecue qui vont être plus longues et plus belles le soir quand on rentre du travail. Ça va être des maladies tropicales qui vont arriver en Europe, ce seront des vagues de chaleur, des sécheresses et des inondations, des catastrophes naturelles."

Bertrand Piccard

à franceinfo

Si on fait tout ce qu'on connaît et qu'on essaie de se cacher, on se voile la face. On n'arrivera à l'éviter que si on met en place des solutions. C'est entièrement un nouveau système qui se met en place, dans lequel on va avoir du bon sens et de l'efficience et arrêter le gaspillage. On fonctionnera beaucoup mieux. C'est l'avenir idéal. Mais l'avenir qu'on va peut-être se préparer, c'est un avenir catastrophique. Ça dépend de si l'être humain est d'accord pour sortir de son inertie, de sa paresse, parfois de sa bêtise également.

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