Marches pour le climat : "La société est en avance sur les gouvernements", déclare Yannick Jadot

L'eurodéputé EELV Yannick Jadot a réagi sur franceinfo alors que les marches pour le climat ont réuni 115 000 personnes en France selon les organisateurs.

Yannick Jadot, eurodéputé Europe Écologie-Les Verts sur franceinfo.
Yannick Jadot, eurodéputé Europe Écologie-Les Verts sur franceinfo. (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)

"La société est en avance sur les gouvernements" en matière d'écologie, a estimé sur franceinfo samedi 8 septembre le député européen EELV Yannick Jadot, alors que des marches pour le climat organisées dans toute la France ont rassemblé 115 000 personnes selon les organisateurs, dont 50 000 à Paris, où la police n'a recensé que 18 500 manifestants. "On constate que les gouvernements sont souvent très en retard parce qu'ils sont historiquement rattachés aux géants de l'énergie, des transports et des infrastructures", a-t-il affirmé.

franceinfo : On parle volontiers d'"inconséquence climatique du monde politique". Est-ce que ça veut dire qu'aujourd'hui il faut miser sur l'action citoyenne, sur le rapport de forces ?

Yannick Jadot : Ça veut dire que la société est en avance sur les gouvernements. Il y a dix ans, on ne pouvait pas dire ça. Au sommet de Copenhague, [une conférence sur le climat organisée en 2009] qui avait tourné au fiasco, les citoyens attendaient des gouvernements qu'ils prennent des initiatives. Depuis, les citoyens ont changé leurs comportements. Des entreprises ont investi le secteur des énergies renouvelables, de la rénovation du bâtiment, de la mobilité, de l'agriculture paysanne, des collectivités locales agissent. Au Parlement européen, on affiche toujours une ambition très forte sur les énergies renouvelables, sur l'interdiction de l'huile de palme ou les pratiques de déforestation. Malheureusement, on constate que les gouvernements sont souvent très en retard parce qu'ils sont historiquement rattachés aux géants de l'énergie, des transports et des infrastructures. Ils n'arrivent pas à s'engager dans le nouveau siècle, dans cette économie climatique qui marche bien, qui est compétitive et crée des emplois mais qui les oblige à ne plus diriger la politique énergétique avec EDF, Total et Engie uniquement.

Mais si vous continuez en politique, c'est que vous pensez pouvoir changer les choses. Comment comptez-vous faire ? Depuis la démission de Nicolas Hulot, certains n'y croient plus...

Il va falloir qu'on redonne espoir. (...) Il y a une écologie d'affichage, qui est celle de ce gouvernement, mais il y a aussi l'écologie du courage, celle qui agit. Quand mes collègues écologistes veulent faire de l'Occitanie la première région à énergie positive, c'est-à-dire qui produira plus d'énergie qu'elle n'en consommera, quand au Parlement européen on gagne sur l'interdiction de l'huile de palme dans les agrocarburants qui participe de la déforestation, quand on gagne sur une ambition très forte sur les énergies renouvelables, ça montre que l'action politique est utile. Après, l'action politique ce n'est pas l'unanimité et le consensus. Il va falloir que les Français (...) arrivent à faire la distinction entre cette écologie d'affichage, des discours, et l'écologie qui agit pour l'environnement et la santé.

Pensez-vous vraiment que François de Rugy va pouvoir changer les choses ?

Non. J'aimerais qu'il puisse changer les choses parce que tous ceux qui étaient dans la rue veulent qu'il agisse parce que les solutions sont là. Ce qui est terriblement frustrant, c'est que les énergies renouvelables sont aujourd'hui moins chères que le nucléaire, elles créent trois à quatre fois plus d'emplois et pourtant ce gouvernement annonce accélérer encore sur le nucléaire. Au Portugal, ils sont déjà à 70% d'énergies renouvelables. Certains pays du Nord ont aussi pris cette direction-là. Il y a une possibilité. Les entreprises sont là, les citoyens sont en attente mais il y a de la résistance. (...) Il y a des lobbies qui, à chaque fois qu'ils arrivent à gagner une minute sur l'action climatique, (...) font grossir leurs dividendes mais c'est notre environnement et notre santé qui en pâtissent.