Vidéo Loi Climat : WWF dénonce le trop plein de voitures SUV dans la publicité

Plus gourmandes en carburant et plus émettrices de gaz à effets de serre, les voitures de type SUV sont omniprésentes dans la publicité automobile, dénonce l'ONG, qui demande au gouvernement de légiférer.

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France Télévisions
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WWF pointe les contradictions des publicités pour les SUV, qui mettent en avant une nature que ces véhicules polluants contribuent à détruire. (LORENZO DI COLA / NURPHOTO / AFP)

Des voitures plus lourdes, plus polluantes, plus dangereuses… Et plus présentes à la télévision, dans les journaux et sur les panneaux publicitaires. C'est le constat dressé, mercredi 24 mars, par l'antenne française du Fonds mondial pour la nature (WWF), dans une étude consacrée aux publicités pour SUV, ces "véhicules utilitaires sport" qui pullulent sur les routes ces dernières années. Dans une précédente étude publiée en octobre, WWF avait déjà épinglé les SUV, mettant en évidence leur impact sur le climat comme sur le budget des ménages.

"L'espace publicitaire ne doit pas continuer à faire la promotion de véhicules dont nos politiques publiques s'efforcent par ailleurs de décourager l'achat", estime sa présidente, Isabelle Autissier, dans l'éditorial qui accompagne le rapport, publié en plein examen parlementaire de la loi Climat.

>> INFOGRAPHIES. Plus lourds, plus polluants, plus dangereux... Pourquoi les SUV sont dans le (rétro)viseur des écologistes.

Pour mener cette étude, l'ONG a compilé, avec l'aide du cabinet spécialisé Kantar, les données publicitaires de 11 marques et 62 modèles de voitures, "représentant environ les trois quarts (73%)" du marché des véhicules neufs. Selon ces chiffres, ces faux 4x4 ont cumulé, en 2019, "3 heures et 50 minutes d'antenne quotidienne, soit l'équivalent de deux matchs de football par jour" et 42% des investissements publicitaires des constructeurs (1,8 milliard d'euros). Des chiffres que l'ONG compare à ceux des voitures citadines – 2 heures et 55 minutes d'antenne par jour en 2019 et 1,2 milliard d'euros d'investissements publicitaires – et de la sécurité routière : 2 minutes et 40 secondes par jour. "Les consommateurs sont plus fortement exposés aux publicités pour SUV qu'aux publicités promouvant des modèles plus légers et moins émetteurs", regrette l'ONG.

Des publicités jugées contradictoires

Ce déséquilibre se retrouve aussi dans la presse écrite – 63% des pubs automobiles en 2019 – et sur les panneaux d'affichage dans l'espace public, avec 121 113 affiches, soit l'équivalent de toutes les pubs présentes dans les transports en commun d'Ile-de-France. Pour toutes ces données chiffrées, l'ONG n'a toutefois pas été en mesure de nous fournir d'éléments de comparaison avec d'autres industries très présentes dans la publicité, comme l'agroalimentaire, les cosmétiques ou les paris sportifs.

Quels sont les arguments des vendeurs de SUV ?

Le WWF a aussi analysé le contenu de ces publicités. Il note notamment la surreprésentation de la nature et de grands espaces que ces véhicules contribuent pourtant activement à détruire. Les SUV consomment en effet "des quantités importantes de ressources naturelles" et sont, "ces dix dernières années, en France comme dans le monde, la deuxième source de croissance des émissions de gaz à effet de serre", moteurs du dérèglement climatique.

Le rapport évoque aussi l'"éco-blanchiment", avec la présentation des modèles hybrides et électriques comme bénéfique pour l'environnement. "La réduction des émissions associée au développement de la voiture électrique sera limitée si l'offre de voitures électriques comprend une part croissante de modèles SUV", affirme WWF, insistant sur la taille et le poids des batteries nécessaires pour ces véhicules.

Une contribution au débat sur la loi Climat

La publication de cette nouvelle étude intervient en plein examen de la loi Climat à l'Assemblée nationale. Ce texte gouvernemental, librement inspiré des travaux de la Convention citoyenne pour le climat, prévoit un volet de régulation de la publicité. Cependant, là où les citoyens proposaient d'interdire la publicité des "produits les plus émetteurs de gaz à effet de serre", comme les "véhicules consommant plus de 4 litres aux 100 km ou émettant plus de 95 grammes de CO2/km", le gouvernement n'a retenu qu'une interdiction de la réclame pour les énergies fossiles.

Un choix regretté par le Haut Conseil pour le climat, qui juge les SUV "manifestement incompatibles avec la transition" écologique. Reprenant les propositions de la Convention citoyenne, le WWF demande au gouvernement d'interdire la publicité pour les véhicules les plus lourds (1,8 tonne) et émettant plus de 95 grammes de CO2/km et, pour les autres, de moduler le prix de la pub en fonction de ces critères de poids et d'émissions. "Le problème posé par les SUV comporte aussi une dimension culturelle et publicitaire qu'il faut adresser, comme cela a été le cas pour le tabac et l'alcool à l'époque", résume Pierre Cannet, directeur du plaidoyer au sein de l'ONG.

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