Jour du dépassement : "Le numérique, c'est 4% des gaz à effet de serre émis par l'humanité chaque année", affirme un expert indépendant en numérique

Alors que ce jeudi 29 juillet, l'humanité a consommé l'ensemble des ressources que la planète est capable de produire sur un an, l'expert Frédéric Bordage nous invite à réduire la pollution générée par nos boxs, smartphones et ordinateurs. 

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Un data center à Saint-Ouen-l'Aumône (Val d'Oise) le 9 juillet 2021. (ALAIN JOCARD / AFP)

Ce jeudi 29 juillet marque le jour du dépassement, soit le moment où nous avons consommé l'ensemble des ressources que la planète est capable de générer sur un an. L'empreinte carbone de nos activités numériques en est en partie responsable. "Le numérique, c'est 4 % des gaz à effet de serre émis par l'humanité chaque année", affirme ce jeudi 29 juillet sur franceinfo Frédéric Bordage, expert indépendant en numérique. Également responsable et fondateur du collectif d’experts GreenIT.fr, il estime qu’il y a "vraiment un enjeu important de réduire ces impacts", notamment en éteignant notre box Internet la nuit.

franceinfo : Peut-on parler de pollution numérique ?

Frédéric Bordage : Oui, on peut dire "pollution numérique". Ce qu'il faut bien comprendre c'est qu’à partir du moment où on va avoir un usage numérique, par exemple prendre rendez-vous pour se faire vacciner sur un système en ligne ou réserver un billet de train, il y a la nécessité de fabriquer un ensemble d'appareils, des smartphones, des ordinateurs, des serveurs, et puis de les alimenter en électricité. Et donc, ces deux étapes, la fabrication et l'alimentation en électricité de nos équipements, vont se traduire par des impacts environnementaux, des émissions de gaz à effet de serre, de la pollution des écosystèmes, l'épuisement des ressources abiotiques, donc les fameuses ressources naturelles non renouvelables, etc. 

"Il y a 33 impacts environnementaux différents à chaque fois qu'on a un usage numérique."

Frédéric Bordage, expert indépendant en numérique

à franceinfo

Est-ce qu’on arrive aujourd'hui à mesurer cette pollution ?

Tout à fait. On arrive à la mesurer. On sait qu'aujourd'hui, pour prendre l'exemple des gaz à effet de serre, on est autour de 4 %. Le numérique, c'est 4 % des gaz à effet de serre émis par l'humanité chaque année. En France, on sait qu'on est à un peu plus de 3 %. Et à peu près 80 % des impacts du numérique sont liés à la fabrication des équipements, et notamment à trois étapes particulières : l'extraction des matières du sol, les mines telles qu'on peut les imaginer, la transformation des minerais en métaux dans des process, des procédures de sidérurgie, et la transformation de ces métaux en composants électroniques. Ce sont vraiment à ces étapes-là qu'on va constater les impacts environnementaux. Il y a un enjeu important à réduire ces impacts.

Nos activités, comme envoyer un mail, consomment-elles de l’énergie ?

Oui, tout simplement parce que pour écrire, envoyer, lire un mail, il va falloir allumer notre ordinateur, allumer le réseau qui, lui, reste allumé 24 heures sur 24. Il va falloir allumer des serveurs et donc les équipements qu’on va utiliser pour envoyer un mail, l'écrire, le lire, vont consommer de l'électricité. Ce sont les 20 % restants de l'impact, qui sont directement liés à la production de l'électricité qu'on va consommer en France et ailleurs. Et puis, pour que nos usages numériques aient lieu, on va avoir besoin de nos terminaux, tout ce qui permet d'acheminer et de transférer les données. Au bout du réseau, on va avoir besoin de centres informatiques, les fameux data centers, dans lesquels on va avoir des serveurs qui fonctionnent 24 heures sur 24 et qu'il faut refroidir. Parce qu’il faut imaginer qu'un data center, c'est un réfrigérateur dans lequel on empile des radiateurs électriques. Il y a un moment, si on ne veut pas que tout ça prenne feu, il faut le refroidir. Et tout cela va aussi consommer beaucoup d'électricité.

La première clé pour réduire son empreinte numérique, c'est d'allonger la durée de vie nos équipements. Et l'autre, c'est d'éteindre tout ce que l'on peut.

Frédéric Bordage, expert indépendant en numérique

à franceinfo

Donc, je vais vous donner deux clés fondamentales pour réduire notre empreinte numérique. La première, c'est d'allonger la durée de vie de nos équipements. On peut très bien se séparer d'un smartphone au bout de deux ans, mais il faut absolument faire en sorte qu'il soit réemployé, favoriser son reconditionnement. Et le dernier geste, qui est très simple aussi, c'est d'éteindre tout ce que l'on peut éteindre quand on quitte son domicile ou quand on dort. On peut aussi éteindre sa box, et ça, ça permet d'économiser une grosse partie de l'électricité.

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