"Jour du dépassement" : "Il faut changer de modèle et rentrer dans une économie beaucoup plus frugale", plaide Brune Poirson

La secrétaire d'État auprès de la ministre de la Transition écologique et solidaire a réagi sur franceinfo au jour du dépassement et a plaidé qu'il fallait "arrêter de produire pour détruire". 

Brune Poirson, secrétaire d\'Etat à la Transition écologique et solidaire dans son bureau au Ministère à Paris, le 25 juin 2019.
Brune Poirson, secrétaire d'Etat à la Transition écologique et solidaire dans son bureau au Ministère à Paris, le 25 juin 2019. (ROSALIE LAFARGE / FRANCE-CULTURE)

"Il faut changer de modèle, de système, pour utiliser les déchets comme des ressources et rentrer dans une économie beaucoup plus frugale", plaide, sur franceinfo lundi 29 juillet la secrétaire d'État auprès de la ministre de la Transition écologique et solidaire, Brune Poirson. Elle réagissait au "jour du dépassement" qui signifie que nous avons consommé depuis le début de l’année tout ce que la planète est en capacité de nous offrir sur un an. Elle défend la loi anti-gaspillage qui sera présentée au Sénat à la rentrée : "C'est une grande avancée, ça fait 30 ans en France qu'il n'y avait pas eu de loi sur les déchets et la loi anti-gaspillage va bien au-delà de ça".

franceinfo : Quand commencera la révolte générale pour faire reculer ce jour du dépassement ?

Brune Poirson : La mobilisation a déjà commencé, parce que le gouvernement est mobilisé. Mais même au-delà de ça, les entreprises et les citoyens ont conscience de la situation et font beaucoup pour changer leurs modes de vie. Les politiques n'ont pas toutes les choses dans leurs mains même si nous avons beaucoup d'outils pour ça. Et c'est d'ailleurs pour cette raison que va commencer au Sénat à la rentrée les débats sur la loi anti-gaspillage. L'ambition, c'est d'arrêter de produire pour détruire, et ça ira avec une série de mesures pour permettre à chacun de faire plus, aux citoyens mais aussi et surtout aux entreprises. Nous allons demander qu'elles aient une notion de responsabilité élargie au-delà de la gestion de la fin de vie des produits qu'elles commercialisent. Mais aussi qu'elles fassent en sorte de mieux produire, qu'on puisse par exemple réparer une machine à laver plutôt que de la remplacer. Il y aura aussi plus de moyens pour que les collectivités puissent utiliser les déchets comme des ressources. Il faut changer de modèle, de système, pour utiliser les déchets comme des ressources et rentrer dans une économie beaucoup plus frugale.


Mais ne craignez-vous pas qu'on recule sur ces sujets face aux lobbies ?

Là, on ne recule pas du tout. Sur la loi anti-gaspillage, c'est une grande avancée. Ça fait 30 ans en France qu'il n'y avait pas eu de loi sur les déchets et la loi anti-gaspillage va bien au-delà de ça. Elle repense notre système économique. Tous les jours, je vois des entreprises, des élus et des citoyens qui considèrent qu'ils en font assez. Donc là, tout l'enjeu est de continuer à mobiliser ceux qui veulent en faire plus.


L'association WWF France conseille notamment de réduire ses voyages en avion, est-ce que ce sont des mesures comme ça qu'il va falloir prendre ?

C'est un panel de solutions. Il faut changer nos comportements. Bien sûr, quand on a le choix à trajet et distance égaux, il faut favoriser le train, qui consomme moins de CO2. Maintenant, parfois, pour certains territoires, il est indispensable d'avoir une desserte aérienne. Et il ne faut pas prendre les transports aériens comme une fatalité. La technologie ne peut pas être une réponse à tout, mais pourquoi pas inventer un nouveau type d'avion, à hydrogène ou solaire ? Je travaille par exemple avec Bertrand Piccard. Il faut changer nos comportements, faire évoluer nos technologies mais aussi mettre des mesures incitatives comme notre taxe sur le transport aérien.

La mobilisation, notamment internationale, semble tout de même insuffisante...

C'est vrai. Depuis que Donald Trump a décidé de quitter sans complexe l'accord de Paris, ça a pu faire envie à d'autres chefs d'État étrangers. Et oui, il y a un mouvement de recul par rapport à l'accord de Paris. Parfois, on est accusés de faire des discours à l'étranger et c'est tout. Mais c'est fondamental de garder les pays dans l'accord de Paris. C'est trop facile de dire qu'on se retire et qu'on n'est plus redevable de rien. Une des façons de lutter contre, c'est de mettre en place des choses très concrètement. C'est ce que la France va faire dans le cadre du G7, qui aura lieu à Biarritz fin août. Et là, il y aura des mesures très concrètes dans le domaine de la mode, des climatiseurs, du transport maritime... Car la meilleure façon de protéger l'accord de Paris, c'est de le mettre en oeuvre.