Inondations à Venise : "C'est lié au changement climatique" et "ça doit nous réveiller"

Sous les eaux, Venise craint de subir des dégâts majeurs. Il va falloir s'y habituer et s'y adapter affirme sur franceinfo, mercredi, une hydrologue.

Les \"hautes eaux\" (\"acqua alta\") qui ont déferlé mardi soir sur Venise, et ici sous le pont du Rialto, sont les deuxièmes plus importantes jamais enregistrées dans la ville.
Les "hautes eaux" ("acqua alta") qui ont déferlé mardi soir sur Venise, et ici sous le pont du Rialto, sont les deuxièmes plus importantes jamais enregistrées dans la ville. (MARCO BERTORELLO / AFP)
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Les inondations à Venise sont liées "au changement climatique" et "ça doit nous réveiller", réagit sur franceinfo mercredi 13 novembre, l'hydrologue Emma Haziza. Les villes vont devoir "se protéger face à ces phénomènes extrêmes qui vont devenir habituels".

"Il est essentiel et primordial de s'adapter tout de suite et de mettre en place une politique à l'échelle de la ville avant même les politiques économiques, parce que s'il n'y a pas de vie, il n'y a plus d'économie", ajoute-t-elle. Et "là, on voit bien que ça arrive à nos portes".

franceinfo : Est-ce un phénomène rare ?

Emma Haziza : On a le calendrier des pics de marée, mais ce qui se modifie, c'est vraiment la puissance, la hauteur et surtout les paramètres aggravants. Là, on a un paramètre aggravant qui est le Sirocco. Les Vénitiens ont l'habitude d'avoir les pieds dans l'eau, mais il y a une différence entre avoir les pieds dans 20 cm d'eau et se retrouver avec entre 1 mètre et 1 mètre 30 d'eau. Cela signifie que l'eau rentre dans les bâtiments, dans les hôtels et donc les dommages sont beaucoup plus graves.

Cela signifie-t-il que c'est lié au réchauffement climatique ?

C'est ce qui ressort de toutes les modélisations qu'on peut faire, que ce soit sur le bassin méditerranéen, avec un accroissement du nombre d'épisodes, ou de manière généralisée sur l'augmentation de l'intensité des cyclones ou tout un tas de phénomènes. On peut confirmer que c'est lié au changement climatique. Il faut tout de suite passer à une solution d'adaptation. Et l'adaptation, ça prend du temps. C'est long parce que ça veut dire travailler sur la protection de la vie dans son ensemble, mais aussi travailler à l'échelle de chaque enjeu, de chaque bâtiment pour le protéger.

Dans une ville historique comme Venise, cela doit être particulièrement compliqué ?

Il y a vraiment des villes qui vont être extrêmement surexposées, certaines villes pourraient même disparaître. Le problème, c'est qu'on se confronte avec des politiques locales qui ont du mal à insuffler une dynamique, alors que ces phénomènes sont beaucoup plus rapides que ce qu'on imaginait. En Inde, on voit très bien que certaines villes vont sans doute disparaître de la carte, ou tout du moins certains quartiers entiers. Et donc, là, je pense que ça doit nous réveiller.

Venise est-elle en péril ?

Elle est surexposée et sur le plan économique, on voit très bien que l'enjeu sera lourd. C'est une ville qui peut sans doute supporter ce type d'évènement cette année, mais est-ce-que l'année prochaine et l'année d'après, les systèmes assurantiels vont encore tenir bon ? Vont-ils être capables de réparer et de rembourser ou bien est ce que cela va imposer au territoire de devoir s'adapter et de devoir se protéger face à ces phénomènes extrêmes qui vont devenir habituels. La Méditerranée, l'Europe dans son ensemble, va être surexposée. Quand on était dans une logique où le changement climatique se déroulait au Groenland ou au Canada, ça nous dérangeait peut être beaucoup moins en tant que Français ou en tant que Européens. Là, on voit bien que ça arrive à nos portes. On vit des phénomènes de plus en plus importants, on peut même être soumis à des risques cycloniques. C'est quelque chose qu'on n'envisageait même pas avant et en plus, ils deviennent plus intenses, plus forts. Il est donc essentiel et primordial de devoir s'adapter tout de suite et de mettre en place une politique à l'échelle de la ville avant même les politiques économiques, parce que s'il n'y a pas de vie, il n'y a plus d'économie non plus.

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