Fonte des glaces : "Si le phénomène s'emballe, on pourrait avoir une élévation très rapide du niveau des océans"

En 25 ans, l'Antarctique a perdu trois mille milliards de tonnes de glace, selon une étude parue mercredi. Selon le chercheur Jérémie Mouginot, "cela impacterait directement toutes les populations qui vivent près des côtes".

Le glacier Collins sur l\'île du Roi-George, en Antarctique, le 2 février 2018.
Le glacier Collins sur l'île du Roi-George, en Antarctique, le 2 février 2018. (MATHILDE BELLENGER / AFP)

Les glaces de l'Antarctique continuent de fondre, à un rythme de plus en plus rapide. C'est la conclusion d'une étude parue mercredi 14 juin dans la revue Nature. 84 scientifiques du monde entier ont travaillé sur ce phénomène au cours des vingt-cinq dernières années. Des centaines de millions de personnes sont menacées : "Si le phénomène s'emballe, on pourrait avoir une élévation très rapide du niveau des océans", précise Jérémie Mouginot, glaciologue, chercheur CNRS à l’Institut de Géosciences de l’Environnement à Grenoble. L'Antarctique représente à lui seul 90% des glaces terrestres et la plus grande réserve d'eau douce de la planète. Si toute cette masse fondait, cela ferait grimper le niveau des océans de presque soixante mètres.

franceinfo : Est-ce un évènement temporaire ?

Jérémie Mouginot : C'est vraiment une tendance sur les vingt-cinq dernières années qui semble s'accélérer. C'est un processus qui dure dans le temps, avec une perte de masse importante. Ici, on parle de l'Antarctique, mais on pourrait avoir la même image au Groenland, en Alaska, en Patagonie, dans les Alpes... Les glaciers fondent, perdent de la masse. Pour moi, il est difficile de ne pas voir le lien entre les émissions de gaz à effet de serre, le réchauffement climatique et la perte de masse de l'Antarctique.

Cette fonte n'est que le prélude d'un phénomène qui peut être catastrophique, si on le laisse se produire ?

C'est assez compliqué à prévoir. En Antarctique, cette perte de masse est due à l'accélération de la fonte des glaciers, qui vont décharger plus de glace dans l'océan. Et pour savoir comment ça va évoluer dans le futur, il faut essayer de mieux comprendre la dynamique de la glace. Beaucoup d'études scientifiques montrent que ce retrait des glaciers, cette accelération va continuer, elle est inéluctable. Cette région de l'Antarctique a un fort potentiel pour continuer à contribuer fortement à l'élévation du niveau des mers.

Les auteurs de l'étude, dont vous êtes, disent que l'avenir de la planète est directement lié au sort des glaces de l'Antarctique.

Si le phénomène s'emballe, on pourrait avoir une élévation très rapide du niveau des océans. Pas catastrophique dans le sens où ce ne serait pas un tsunami, mais ça impacterait directement toutes les populations qui vivent près des côtes, à des altitudes qui sont très basses.

Que faut-il faire, compte tenu notamment de l'attitude des États-Unis sur la COP 21 ?

À mon avis il faudrait drastiquement diminuer les émissions de gaz à effet de serre. Même si on les arrêtait maintenant, les glaciers sont dans un mode qui fait que même si les émissions s'arrêtent, ils vont continuer à reculer et à accélérer dans les décennies à venir. Pour l'Antarctique, j'aime bien prendre cette analogie : comme si c'était constitué de plein de bouteilles de champagne. Là, on a fait sauter deux bouchons. La glace va se déverser. Si on continue à émettre des gaz à effet de serre, c'est comme si on continuait à secouer les autres bouteilles et à un moment, les autres bouchons vont sauter avec des conséquences encore plus dramatiques que maintenant.