Australie : un tribunal invoque le réchauffement climatique pour rejeter un projet de mine de charbon

Le tribunal australien a estimé que le projet allait produire trop de gaz à effet de serre.

Une mine de charbon, le 25 avril 2012 à Newcastle (Australie).
Une mine de charbon, le 25 avril 2012 à Newcastle (Australie). (GREG WOOD / AFP)
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C'est une première. Un tribunal australien a rejeté, vendredi 8 février, le projet de mine de charbon à ciel ouvert de Rocky Hill, situé à Gloucester, à 220 km au nord de Sydney, estimant, pour des raisons écologiques, qu'il intervenait "au mauvais endroit, au mauvais moment". Cette décision se distingue en particulier par le fait qu'elle ne s'appuie pas seulement sur les études d'impact local du projet de la société Gloucester Resources, mais aussi sur les répercussions secondaires en termes de réchauffement climatique liées à l'utilisation du charbon.

"Au mauvais endroit parce qu'une mine de charbon à ciel ouvert dans ce paysage spectaculaire et culturel (...) aura des impacts importants en termes visuel, social et en termes d'aménagements", peut-on lire dans la décision. "Au mauvais moment parce que les émissions de gaz à effet de serre (GES) de la mine de charbon et des produits du charbon accroîtront les concentrations mondiales de GES au moment où ce qui est nécessaire et urgent, pour atteindre les objectifs climatiques qui ont été agréés, est une baisse rapide et profonde des émissions de GES", écrit le juge. "Il faut éviter ces conséquences graves. Le projet doit être refusé, poursuit-il. Toutes les ressources naturelles ne doivent pas nécessairement être exploitées."

Une décision "d'une importance énorme"

La décision cite à de multiples reprises l'Accord de Paris sur le climat, que l'Australie a ratifié en 2016, et la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Et des climatologues avaient été appelés à témoigner. Ainsi le chercheur Will Steffen a-t-il rappelé au tribunal que la température moyenne de surface avait augmenté en Australie d'un degré au cours du dernier siècle. Les organisations environnementales avaient fait de la mine de Rocky Hill un dossier "de référence" pour le droit australien, en espérant qu'il crée un précédent.

L'Australie est un des premiers producteurs de charbon au monde et son premier exportateur, puisque le pays alimente les centrales électriques de Chine, d'Inde, de Corée du Sud ou encore du Japon. "C'est une décision d'une importance énorme", a déclaré l'avocat David Morris, conseil du Bureau des défenseurs de l'environnement (EDO), une ONG qui représente les habitants en lutte contre le projet de Rocky Hill. "Cela annonce l'arrivée du contentieux climatique en Australie, a-t-il dit à l'AFP. C'est la première fois que le changement climatique est utilisé comme un motif de refus d'un projet d'énergie fossile dans ce pays et, à ce que je sache, ailleurs aussi."