Sécheresse : "Il va falloir travailler sur l'urbanisme et l'architecture"

Les orages attendus mercredi ne nourriront pas forcément les nappes phréatiques, annonce lundi sur france info l'hydrologue Emma Haziza. Pire, ils pourront créer à certains endroits des "crues éclair".

Un champ asséché à Bastelicaccia en Corse, le 27 juin 2017.
Un champ asséché à Bastelicaccia en Corse, le 27 juin 2017. (PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP)

La France connaît un épisode de sécheresse : 39 départements, principalement du centre-ouest et du sud-ouest, sont soumis à des restrictions d'eau par des arrêtés préfectoraux. Les prélèvements d'eau non prioritaires sont limités pour les particuliers et les professionnels. Si des orages sont attendus mercredi, Emma Haziza, hydrologue, docteure en gestion des risques et crises hydrologiques à l’École des Mines de Paris et fondatrice du centre de recherches Mayane, a expliqué lundi 6 août au micro de franceinfo qu'ils peuvent engendrer des effets néfastes et ne pas forcément nourrir les nappes phréatiques."Quand on a des pluies diluviennes qui sont générées par ces îlots de chaleurs, on a des précipitations très intenses mais qui n'ont pas le temps de rentrer dans les sols", explique-t-elle."Les gros problèmes se situent surtout dans les îlots urbains."

franceinfo : Comment se traduisent ces restrictions d'eau ?

Emma Haziza : On a en France un système qui fonctionne assez bien, avec des niveaux hiérarchiques en quatre échelons qui permettent d'aller jusqu'à un système de crise et de protéger l'ensemble des ressources en eau pour des fonctions vitales : sécurité civile, hôpitaux... On va chercher à privilégier la ressource pour l'adduction en eau potable pour les populations et quand on voit qu'on arrive dans un système de déficit trop important, on monte en cascade dans ces niveaux de restriction : on va réduire le niveau agricole, industriel, etc. Tout ce qui n'est pas prioritaire va être mis de côté pour privilégier l'essentiel.

Cette sécheresse est-elle aussi importante que celle de l'été dernier ?

Ce qui a été important l'an dernier, c'est qu'elle a duré dans le temps, jusqu'au mois de décembre. Certaines villes comme Nice n'ont reçu que quelques millimètres de pluie durant tout l'automne. On s'est retrouvé de juin à décembre avec quasiment aucune pluie, donc là on avait des niveaux très sévères. Cette année, il va falloir voir ce qui va se passer dans les mois à venir pour comprendre comment cette sécheresse pourra s'installer, ou pas. On peut très bien avoir un mois d'août très pluvieux qui va permettre de recharger les nappes, tout comme on a eu un printemps très pluvieux.

Des orages sont attendu mercredis, notamment dans la moitié est et les Pyrénées. Est-ce que cela va suffire à recharger les nappes phréatiques ?

Tout dépend où ils vont se trouver. S'ils arrivent dans les lieux où les nappes et les sols souffrent d'une sécheresse importante, effectivement ça va permettre de remplir au fur et à mesure les sols et les sous-sols. Par contre, on peut avoir d'autres effets. On a vu hier dans les Alpes des formes de crues éclair. Quand on a des pluies diluviennes qui sont générées par ces îlots de chaleurs, on a des précipitations très intenses mais qui n'ont pas le temps de rentrer dans les sols et qui vont ruisseler, donc qui ne seront pas un apport pour les milieux souterrains. On alterne complètement entre des effets de sécheresse très importants et des inondations extrêmes.

Existe-t-il des solutions ?

Pour la canicule, on voit bien que les messages de prévention fonctionnent aujourd'hui, et qu'on s'est bien servi de la crise de 2003 pour comprendre qu'il fallait parler aux populations et les accompagner, et ça a l'air de marcher. Mais au niveau des sécheresses, il y a énormément de choses à faire. A chaque enjeu sa solution. Au niveau agricole, on a l'agriculture raisonnée. Au niveau industriel, on peut travailler différemment avec la gestion de la ressource en eau, on travaille de plus en plus avec la réutilisation des eaux. A chaque niveau, on va pouvoir agir. Les gros problèmes se situent surtout dans les îlots urbains, et c'est ici qu'on va devoir trouver des solutions. Il va falloir travailler sur l'urbanisme et l'architecture.