Canicule : faut-il craindre un épisode de chaleur pire qu'en 2003 ?

Comme il y a seize ans, l'épisode de canicule qui frappe la France à partir de lundi pourrait faire monter le thermomètre à des températures rarement atteintes. Mais à la différence de 2003, cela se fera sur une période plus courte.

Un thermomètre de pharmacie indique 40 °C à Lille (Nord) le 27 juillet 2018.
Un thermomètre de pharmacie indique 40 °C à Lille (Nord) le 27 juillet 2018. (DENIS CHARLET / AFP)

Dès qu'on évoque la canicule, l'année 2003 est encore présente dans tous les esprits. Cet été-là, le plus chaud jamais enregistré depuis la mise en place d'un réseau d'observation en France, 15 000 personnes avaient trouvé la mort en raison des fortes températures survenues lors de la première quinzaine du mois d'août.

La vague de forte chaleur qui débarque sur quasiment toute la France lundi 24 juin laisse craindre le pire. Au plus fort de l'épisode caniculaire, le thermomètre dépassera la barre des 40 °C la journée et ne redescendra pas en-dessous des 25 °C la nuit. Des prévisions comparables à ce que le pays a vécu il y a seize ans. En pire ?

Les températures

En 2003, des records absolus de température ont été battus au cours des douze premiers jours du mois d'août sur plus de 70 stations météorologiques (on en compte 180 au total dans l'Hexagone), rapporte Météo France. Le record absolu de température, depuis le début des mesures sur le territoire, avait jusque-là été enregistré aux stations de Saint-Christol-lès-Alès et à Conqueyrac (Gard), avec 44,1 °C, battant le record détenu par Toulouse-Francazal (44,0 °C) le 8 août 1923. Une valeur égalée plusieurs fois, notamment à Vallon-Pont-d'Arc (Ardèche), les 6 juillet 1982 et le 30 juillet 1983.

Des records de chaleur qui pourraient bien tomber dans les prochains jours, comme l'estime Etienne Kapikian, prévisionniste à Météo France.

Il faut s'attendre à de nombreux records et à des températures historiques.Etienne Kapikian, prévisionniste à Météo Franceà franceinfo

Dès mercredi, il "fera 38 ou 39 °C sur la majeure partie du pays", assure Sébastien Léas, également prévisionniste à Météo FranceLe thermomètre pourrait afficher ou dépasser les 40 °C dans certaines villes comme Lyon, Nancy (Meurthe-et-Moselle) ou Vichy (Allier). "Quand on la compare avec la masse d'air qui sévissait en 2003, la pulsion d'air brûlant en provenance du Sahara qui va s'abattre sur la France est inédite. Il n'est donc pas impossible que la situation soit pire que lors de la canicule d'il y a seize ans, avec une vague de chaleur qui sera sans doute la plus puissante jamais enregistrée à la fin d'un mois de juin", explique le météorologue Guillaume Séchet, créateur du site meteo-paris.com, au Parisien. Comme en 2003, cette canicule va toucher la quasi-totalité du pays.

Mais contrairement à ce mois d'août historique, la vague de chaleur qui va toucher la France cette semaine est accompagnée d'une humidité qui rend les températures beaucoup plus pénibles et plus lourdes. Les températures ressenties pourraient ainsi grimper au-delà des 40 °C. "La semaine prochaine, il y aura beaucoup d'humidité dans l'atmosphère et l'être humain ressent cette humidité et la chaleur est donc beaucoup plus accablante", indique la spécialiste météo de France 2, Chloé Nabédian.

Etienne Kapikian appelle toutefois à la prudence : "Il faut se méfier de ces notions de températures ressenties. On combine la vraie température mesurée sous un abri avec l'humidité de l'air et cela nous donne un index que l'on appelle 'humidex' qui permet d'estimer un ressenti lié à l'humidité et à la chaleur. Cela peut avoir un sens, il permet de mesurer la pénibilité face à cette chaleur. Mais il ne faut pas confondre les températures avec cet index"Autre facteur aggravant de cette canicule : le béton. En une quinzaine d'années, les villes ont grandi et des îlots de chaleur urbains sont apparus. "Le béton va avoir accumulé de la chaleur et va la restituer, ça va devenir de plus en plus irrespirable, y compris en pleine nuit", prévient Louis Bodin, prévisionniste à RTL.

La précocité

Contrairement à la canicule de 2003, celle qui s'annonce est beaucoup plus précoce. A l'époque, elle était arrivée lors de la première quinzaine du mois d'août, quand l'été est bien installé. Là, elle débarque alors que le coup d'envoi de la saison estival n'a été donné que depuis quelques jours. "On a déjà eu des canicules à la fin juin, c'est quelque chose qui arrive de temps en temps. Il y deux ans, c'était autour du solstice. En 2005, entre le 18 et le 28 juin. En 2011, c'était fin juin, précise Etienne Kapikian. Ce sont des choses qui existent mais celle-ci s'annonce remarquable, exceptionnelle, jamais vue à cette période de l'année."

Cette périodicité pose problème puisque à cette époque de l'année, les crèches, les écoles et les lycées ne sont pas encore fermés. Le ministère de l'Education a d'ailleurs donné des recommandations comme "garder les enfants dans une ambiance fraîche" ou "étudier les possibilités de limiter les entrées de chaleur dans les salles"... Des consignes qui ont fait réagir du côté des professeurs. "Rien n'a été mis en œuvre, a lancé sur franceinfo Catherine Da Silva, représentante du Snuipp 93 et directrice d'école à Saint-Denis. Personne ne s'est demandé si nos ventilateurs ou nos volets fonctionnaient. Personne n'est venu livrer de thermomètre. Dans mon école, on a 130 élèves à un étage avec deux robinets... et, ma question, c'est : comment on fait pour tous les rafraîchir ?" Plusieurs professeurs se sont également insurgés sur Twitter de cette directive lancée par des "gens qui semblent n'avoir jamais vu une école en vrai".

La durée

En revanche, cette année, l'épisode de forte chaleur devrait durer moins longtemps qu'en 2003, où il s'était étalé sur quinze jours. "Sur la moitié nord, on attend un léger rafraîchissement à partir de dimanche, avec de l'air un peu plus frais qui rentre par le Nord. Mais sur la moitié sud, cela peut durer un peu plus longtemps, éventuellement jusqu'en début de semaine prochaine", précise Etienne Kapikian. 

Une durée qui fait dire à Louis Bodin, que "cela ne sera pas pire qu'en 2003". Sur RTL, il a assuré que c'est "la durée qui a fragilisé les organismes et les personnes. Cela n'aura pas la même ampleur, ni les mêmes conséquences".