"On est traités comme des cobayes" : en Suisse, la fronde contre la 5G prend de l'ampleur

Le déploiement de la 5G suscite de fortes interrogations chez les Suisses qui se rassemblent au sein de collectifs. Une manifestation est prévue à Berne ce samedi.

Une antenne 5G, près de Montpreveyres dans l\'ouest de la Suisse, le 15 septembre 2019.
Une antenne 5G, près de Montpreveyres dans l'ouest de la Suisse, le 15 septembre 2019. (FABRICE COFFRINI / AFP)

"Je me suis réveillé avec des douleurs à la tête et à la poitrine au niveau du cœur, explique Elidan Arzoni, j'avais l'impression que j'allais faire un infarctus". Ce Suisse fait partie des citoyens helvètes qui contestent le déploiement de la 5G. Il raconte souffrir de plusieurs symptômes, maux de tête et sifflements dans les oreilles, depuis le lancement de la 5G au printemps dernier. Et pourtant, il ne se considère pas comme atteint d'électrosensibilité.

La menace d'un référendum d'initiative populaire

Après la Corée du Sud, la Suisse est l'un des premiers pays à s'être lancé dans cette technologie mobile. Début juillet, 334 stations émettrices pour la 5G étaient ainsi en service, selon les autorités fédérales. Mais les citoyens sont de plus en plus nombreux à s'y opposer, menaçant de lancer un référendum pour empêcher son déploiement. Une manifestation doit se dérouler samedi 21 septembre, devant le siège du gouvernement à Berne.

Les habitants dénoncent un passage en force des opérateurs téléphoniques, avant même de savoir s'il y a des risques pour la population. "On est traités comme des cobayes, et chaque politicien se renvoie la balle en disant que tout est légal", poursuit Elidan Arzoni.

Plusieurs projets de construction mis en pause

Des élus de tous bords politiques s'opposent également à ce déploiement. Plusieurs cantons, comme celui de Genève, Vaud, Friboug ou Neuchâtel, ont d'ailleurs gelé l'installation d'antennes 5G, au nom du principe de précaution.

Cette pause ne porte toutefois que sur la construction d'antennes, les opérateurs peuvent toujours modifier, sans autorisation, leurs anciennes installations, ce que regrette le député centriste de Genève Bertrand Buchs. "Ce qu'on nous vend actuellement pour de la 5G, c'est de la 4G+, assure-t-il. Mais le jour où la 5G va vraiment arriver, ce sera autre chose. On n'a aucune idée des effets de ces ondes sur la santé. C'est le moment d'arrêter, il n'y aucune urgence à amener la 5G en Suisse".

L'OMS dit procéder "actuellement à une évaluation des risques sur la santé liés à l'exposition aux champs de radiofréquence". Les conclusions ne sont pas attendues avant 2021. À Berne, un groupe d'experts mandaté par le gouvernement enquête aussi. Dans le même temps, le gouvernement a averti que tout moratoire sur le déploiement de la 5G, une mesure plus radicale que le "simple" gel des permis de construire, pourrait être attaqué en justice.