Cyberattaques : la Russie utilise "le cyberespionnage dans des cas qui peuvent être discutables"

La Russie est accusée d'être à l'origine des principales cyberattaques mondiales de ces dernières années, notamment par le Royaume-Uni, le Canada ou encore les Pays-Bas. Pour Gérôme Billois, expert en cybersécurité pour le cabinet de conseil Wavestone, certains cas "peuvent être discutables".

La Russie est soupçonnée d\'être responsable de plusieurs cyberattaques mondiales ces dernières années.
La Russie est soupçonnée d'être responsable de plusieurs cyberattaques mondiales ces dernières années. (ROB ENGELAAR / ANP)

"La Russie investit depuis des années dans ses capacités offensives dans le cyberespace" et utilise "le cyberespionnage dans des cas qui peuvent être discutables" a estimé jeudi 4 octobre sur franceinfo Gérôme Billois, expert en cybersécurité pour le cabinet de conseil Wavestone. D'autant plus que "dans le cyber, il n'y a pas d'ADN".

franceinfo : La Russie s'est-elle spécialisée dans les cyberattaques ?

Gérôme Billois : Clairement oui, la Russie investit depuis des années dans ses capacités offensives dans le cyberespace. Elle n'est pas la seule : les États-Unis ou encore la France ont des capacités dans le cyberespace, c'est clairement mis en avant dans notre doctrine, mais la question est comment les utiliser et pourquoi.

Aujourd'hui, c'est normal que chaque État ait des capacités dans le cyberespace, ce serait une faute que de ne pas le faire. [Dans le cas de la Russie,] on est clairement dans du cyberespionnage, donc un certain nombre de principes propres à l'espionnage s'appliquent dans le monde cyber. D'autres sont plus difficiles parce qu'on sait que dans le cyber, les traces sont facilement masquées, qu'on peut se cacher facilement, qu'on peut attribuer les attaques aux uns ou aux autres de manière assez simple, donc on est dans des situations souvent complexes à analyser.

C'est difficile de remonter à la source ?

Dans le cyber, il n'y a pas d'ADN. Si vous avez un espion qui vient et qui perd son ADN, on sait qui c'est : l'ADN est unique. Dans le cyber, tout peut être copié, tout peut être réutilisé. Et finalement l'outil d'attaque, par exemple les services de renseignement russes, pourrait être récupéré par d'autres services de renseignement et utilisé à leur place dans un autre contexte.

L'agacement des occidentaux provient du fait que la Russie a un coup d'avance ou qu'elle a moins de scrupules ?

Sur l'avance technologique, tous les pays sont quand même bien avancés. Les États-Unis sont quand même un cran devant, et la France est loin d'être en reste. C'est plutôt parce que la Russie utilise, comme le montrent ces allégations, le cyberespionnage dans des cas qui peuvent être discutables.