Sur Twitter, une fausse information circule bien mieux qu'une information exacte

Trois chercheurs ont analysé le sort de 126 000 fils relayant une information. Ils ont établi que les vraies informations avaient une diffusion bien plus confidentielle que les fausses, en raison de l'intérêt des utilisateurs pour la nouveauté.

Sur Twitter, les fausses informations sont plus facilement partagées et diffusées que les vraies.
Sur Twitter, les fausses informations sont plus facilement partagées et diffusées que les vraies. (JAAP ARRIENS / NURPHOTO / AFP)

Twitter, royaume des faussaires ? Sur ce réseau social, les fausses informations se propagent bien plus vite et bien plus largement que les vraies. C'est la conclusion obtenue par trois chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT), après une vaste étude dont les conclusions sont parues dans la revue Science (en anglais), jeudi 8 mars.

Ce travail scientifique éclaire le phénomène des "fake news", au centre des attentions médiatiques et politiques. Si les auteurs de l'étude (en anglais) excluent ce terme, jugé trop connoté, ils établissent en revanche que les fausses rumeurs ont une capacité étonnante à se propager en ligne, en raison de notre appétit pour la nouveauté et le sensationnel. 

Les vraies informations se répandent moins vite

L'étude s'appuie sur un échantillon de 126 000 "cascades de rumeurs". Les rumeurs étudiées (vraies ou fausses) représentent au total 4,5 millions de partages entre 2006 et 2017, par 3 millions de personnes – un algorithme a permis d'éliminer les robots. Mais avant d'étudier la diffusion des fausses informations, il fallait bien sûr les distinguer des vraies. Les chercheurs ont donc fait appel à six organisations (snopes.com, politifact.com, factcheck.org, truthorfiction.com, hoax-slayer.com, et urbanlegends.about.com), pour classer de manière indépendante les rumeurs étudiées en "vraie" ou "fausse" information. Ces organisations sont tombées d'accord dans 95% à 98% des cas.

Les auteurs de l'étude ont constaté que les vraies informations ont rarement été diffusées à plus de 1 000 personnes, tandis que le 1% des "cascades de rumeurs" les plus virales de fausses informations atteignaient régulièrement des groupes de 1 000 à 100 000 personnes. Pire, selon l'étude, les fausses informations ont en moyenne 70% de probabilité en plus d'être retweetés en cascade que les vraies. Les chercheurs ont également identifié certains pics de fausses rumeurs, notamment lors de la dernière élection présidentielle ou lors de l'annexion russe de la Crimée en 2014.

A côté, les messages à propos d'informations exactes peinent à trouver leur public, puisqu'elles mettent six fois plus de temps que les fausses informations à atteindre 1 500 personnes.

Quand nous avons analysé la dynamique de diffusion des rumeurs vraies et fausses, nous avons découvert que le mensonge se diffusait plus loin, plus vite, plus profondément et plus largement que la vérité dans toutes les catégories d'information.Les auteurs de l'étudedans la revue "Science"

Des comptes peu actifs et moins récents

En tête des thèmes les plus propices aux rumeurs, figurent (dans l'ordre) la politique, les légendes urbaines, les affaires, le terrorisme, la science, le divertissement et les catastrophes naturelles. Il est tentant de penser que la diffusion de ces fausses rumeurs est le fruit de comptes très actifs ou suivis sur Twitter. Mais les chercheurs ont découvert avec surprise que c'était tout le contraire.

Les utilisateurs qui diffusent de fausses nouvelles ont bien moins d'abonnés et d'abonnements que ceux qui diffusent de vraies nouvelles. Ils sont également moins actifs sur Twitter et leurs comptes sont plus récents et moins souvent vérifiés. En clair, les fausses rumeurs ont plus de probabilité d'être partagées que les vraies rumeurs et ce, quelles que soient les caractéristiques du compte de l'utilisateur concerné (nombre d'abonnés, certification, activité...).

Un appétit pour les fausses nouvelles

Comment expliquer ce pouvoir du faux ? Après avoir épluché un échantillon d'utilisateurs, les chercheurs ont établi que les fausses rumeurs présentaient plus souvent un caractère de nouveauté que les vraies rumeurs, et seraient donc plus "intéressantes". Les utilisateurs eux-mêmes sont conscients de cette "nouveauté". En effet, des milliers de réponses à des rumeurs ont été analysées à travers huit catégories d'émotion. Conclusion ? La surprise et le dégoût prédominent dans les réponses aux fausses rumeurs, tandis que la tristesse et l'anticipation arrivent en tête dans les vraies. Les fausses rumeurs sont plus nouvelles que les vraies et les rumeurs nouvelles sont plus susceptibles d'être partagées.

Alors que la presse a consacré de nombreux articles aux usines à ou aux robots de propagande, les chercheurs estiment que "le comportement humain contribue davantage à la propagation différentielle de la fausseté et de la vérité que les robots automatisés". En résumé, notre irrationnel appétit pour le sensationnel favorise la diffusion du faux.