"Libra", la monnaie virtuelle de Facebook, "peut potentiellement détrôner de très grandes monnaies"

Pour Mark Zuckerberg, le patron du réseau social américain, il s'agit de rendre le transfert d'argent sur sa plateforme aussi facile que le partage d'une photo.

Libra, le projet de crypto-monnaie de Facebook (illustration).
Libra, le projet de crypto-monnaie de Facebook (illustration). (KAY NIETFELD / DPA)

Alors que le G7 Finances s'alarme des risques que Libra, le projet de crypto-monnaie de Facebook, ferait courir au système monétaire international, elle "peut potentiellement détrôner de très grandes monnaies", selon Gilles Babinet, le vice-président du Conseil national du numérique Gilles Babinet. Selon lui, "la portée sera sans doute bien supérieure aux achats en ligne".

>> "Libra", la monnaie virtuelle de Facebook, ne peut pas être lancée dans les conditions actuelles, estime Bruno Le Maire

franceinfo : C'est quoi la Libra ?

Gilles Babinet : C'est une cryptomonnaie créée par Facebook qui a pour objectif d'être globale et de permettre de faire des échanges de toute nature à partir du réseau social. La portée sera sans doute bien supérieure aux achats en ligne. L'objectif est de toucher l'ensemble des transactions. Des petites transactions de commerce mais potentiellement demain des échanges monétaires comme des virements entre pays. La monnaie est assise sur un panier des plus grandes monnaies mondiales. Ça a été un choix qui a pour objectif de rassurer les gens qui se servent de cette monnaie et qui ne veulent pas le temps d'une transaction voir une grande dévaluation arriver à cette monnaie. En même temps ça rassure les institutions publiques qui se disent que ce sera quelque chose qu'elles pourront un minimum contrôler puisqu'elle est assise sur des monnaies extrêmement stables.

Pourquoi cette monnaie fait-elle peur aux pays et aux grands argentiers du G7 ?

La libra a été conçue pour échapper aux États. Elle est hébergée dans une fondation suisse, sans système de gouvernance et est dotée d'une très grande autonomie. C'est un projet qui a une grande nature politique. L'objectif est de désintermédier les monnaies souveraines et de créer un système totalement autonome de ces monnaies. L'analyse a été faite notamment par les techniciens des banques centrales qui commencent maintenant à s'y opposer et je pense qu'ils ont raison. Elle accède potentiellement à 2,3 milliards d'utilisateurs de Facebook qui seront plus nombreux demain. Et elle est totalement transnationale. De fait, elle peut potentiellement détrôner de très grandes monnaies. Elle a une puissance d'efficacité incomparable.

Cette monnaie fait donc courir des risques aux souverainetés de certains Etats. Facebook et Mark Zuckerberg seraient avec cette monnaie plus forts que des dirigeants de certains États ?

C'est une perspective à long terme, d'ici peut-être une dizaine d'années. Mais c'est une perspective bien réelle. Aujourd'hui, Facebook a une très grande puissance sur beaucoup de sujets. S'il rentre dans le sujet de la monnaie, cette puissance va décupler. Il y a probablement un homme important dans cette affaire, c'est Peter Thiel qui est à la fois le conseiller personnel du président des États-Unis Donald Trump et qui siège au conseil d'administration de Facebook. Il a comme grande caractéristique d'être un libertarien convaincu assumé et militant. Son objectif est de détruire les États, il le dit haut et fort dès qu'il le peut.