"C'est devenu l'enfer" : à Paris, l'exaspération des habitants de la rue Crémieux face au défilé des instagrameurs

La petite rue du 12e arrondissement, avec ses façades colorées, est le paradis des photographes amateurs ou professionnels. Mais les habitants, eux, n'en peuvent plus.

La rue Crémieux, dans le 12e arrondissement de Paris.
La rue Crémieux, dans le 12e arrondissement de Paris. (BRUNO LEVESQUE / MAXPPP)

Les habitants de la rue Crémieux, dans le 12e arrondissement de Paris, sont à bout. Depuis quatre ans, des dizaines de personnes s'arrêtent chaque jour dans la rue piétonne pour admirer toutes les façades colorées. Et ils sont nombreux à se prendre en photo. Certains prennent la pose sur les marches devant les portes d'entrée. D'autres font même des selfies contre les fenêtres des habitations. "J'ai connu cette rue grâce aux réseaux sociaux, Instagram, raconte Alexandra, étudiante. Les influenceuses viennent ici, mettent le nom de la rue, du coup on vient ici."  

Le reportage de Bastien Munch
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Le hashtag "rue Crémieux" compte déjà plus de 30 000 publications sur Instagram. Audrey est aussi venue prendre des photos de la rue piétonne. Elle n'arrive pas à se rendre compte que ces maisons sont vraiment habitées. "Comme c'est très particulier au milieu de l'architecture de Paris qui n'a rien à avoir, on oublie un petit peu que les gens vivent là tous les jours et que ça peut être dérangeant pour eux."

Une association créée 

Et on ne croise pas uniquement des touristes. Des séances photos ou des tournages de clips de musique sont aussi organisés juste devant les fenêtres des habitants. Ces derniers  ont créé une association pour faire entendre leur colère. "C'est devenu l'enfer, soupire Antoine, vice-président de l'association. En semaine ça peut aller parce que ce sont des touristes, ils ne sont pas trop dérangeants. Mais le week-end, c'est 200 personnes sous nos fenêtres. Nous on a la table ici, et les gens sont juste à côté en train de prendre leurs photos."

Vous avez des clips de rap qui viennent pendant deux heures sous nos fenêtres, vous avez aussi des enterrements de vie de jeune fille qui hurlent pendant une heure, c'est franchement usant.Antoine, vice-président de l'association Rue Crémieuxà franceinfo

Tous les jours, Antoine est obligé de dérouler un ruban de signalisation autour de sa façade bleu pastel, pour que personne ne s'en approche. Avec l'association, il a alerté la mairie du 12e arrondissement. "On demande la fermeture [de la rue] au moins le week-end et le soir à partir d'une certaine heure. Sur certaines voies privées de Paris, vous avez des fermetures."

Du côté de la mairie du 12e, on réfléchit à une solution avant l'été. Mais ce n'est pas facile de restreindre l'accès à une voie publique.