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A quoi ressemble la nouvelle carte de la pauvreté ?

Le Nord ou la banlieue parisienne restent très représentés sur la nouvelle carte de la pauvreté, publiée mardi par le gouvernement. Mais certaines petites villes, situées dans des départements ruraux, y font aussi leur entrée.

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La ville de Foix (Ariège) fait son apparition parmi les communes éligibles aux aides de l'Etat pour lutter contre la pauvreté, dont la liste est présentée mardi 17 juin 2014 par Najat Vallaud-Belkacem, ministre de la Ville.  (BARRERE JEAN-MARC / HEMIS / AFP)

La ministre de la Ville, Najat Vallaud-Belkacem, présente mardi 17 juin la liste des 1 300 quartiers, situés dans 700 communes, éligibles aux aides de l'Etat pour lutter contre la pauvreté. "Cette réforme s’imposait pour redonner à l’action des pouvoirs publics en la matière un véritable pilotage, a-t-elle fait savoir aux rédactions dans un verbatim cité par La Voix du Nord. C’est le choc de simplification appliqué à une politique de ville qui était devenue un symbole de complexité régulièrement dénoncé par la Cour des comptes, mais aussi par les acteurs locaux et les habitants eux-mêmes", a-t-elle fait valoir. 

A partir du 1er janvier 2015 cette carte viendra se substituer aux zones urbaines sensibles (ZUS), contrats urbains de cohésion sociale (CUCS), zones de redynamisation urbaine (ZRU) et zones franches urbaines (ZFU). 


2 minutes pour comprendre la politique de la ville par villegouvfr

Quels sont les critères retenus ? 

Pour éviter d'être accusé de choix partisans, le gouvernement a instauré, en février, un critère unique de sélection : le revenu des habitants. La politique de la Ville, qui cible les zones urbaines les plus fragiles, concernait jusqu'ici 2 500 quartiers situés dans 900 communes. Mais certaines, comme Biarritz ou Hendaye (Pyrénées-Atlantiques) étaient contestées.

Pour mettre un terme au saupoudrage de ses moyens, le gouvernement avait donc lancé il y a un an et demi une remise à plat. Ont été retenues les zones où plus de la moitié de la population vit avec moins 11 250 euros par an, soit 60% du revenu médian national (avec une pondération selon le niveau de vie dans l'agglomération). Selon l’entourage de la ministre, cette somme a été pondérée selon les secteurs, poursuit La Voix du Nord. Et pour cause, "avec un certain revenu, on peut être pauvre à Paris et pas en province", relève-t-il.

La carte des nouveaux quartiers prioritaires de la politique de la ville, publiée mardi 17 juin 2014.  (MINISTERE DE LA VILLE / FRANCETV INFO)

Si le Nord ou la banlieue parisienne restent sans surprise particulièrement représentés sur cette nouvelle carte de la pauvreté, certaines villes sont entrées dans le dispositif, tandis que d'autres l'ont quitté.

Quelles communes sortent du dispositif ? 

Ainsi, 300 communes sortent du dispositif. Parmi elles, certaines se trouvent dans les Pyrénées-Atlantiques (comme les controversées Biarritz et Hendaye), mais aussi en Seine-Maritime (Le Grand-Quevilly, Yvetot), dans les Hauts-de-Seine (Bourg-la-Reine, Sceaux, Rueil-Malmaison), le Rhône (Ecully, Caluire), en Savoie (près de Chambéry), dans la Drôme.

Dans ce dernier département, la ville de Crest est concernée par cette sortie du dispositif. "Je regrette que cela signifie un retrait de l'engagement de l'Etat", commente le maire UMP, Hervé Mariton, tout en disant "comprendre" le souhait de "concentrer les aides de l'Etat sur les quartiers les plus en difficulté".

"Le fait qu'ils sortent Saint-Martin-le-Vinoux, ça peut vouloir dire qu'on s'en est sorti, qu'on a réussi, positive de son côté le maire de cette petite commune de l'agglomération grenobloise, Yannick Ollivier. "Les efforts qui ont été consentis ont porté leurs fruits." Dautres prennent avec moins de philosophie cette sortie du dispositif, comme Jean-Pierre Corbisez (PS), maire de Oignies, dans le Pas-de-Calais. "Grâce à ces subventions, on a doublé tous nos centres aérés pour les faire passer d’un mois à deux mois l’été, on a augmenté nos capacités d’accueil de la petite enfance, tous nos locaux de quartiers ont été améliorés. Je ne comprends pas comment ils ont fait leur calcul", déplore-t-il à La Voix du Nord. 

Quelles communes y entrent ? 

Avec cette refonte des quartiers, de nouvelles poches, situées dans des départements ruraux et concernant des villes de 10 000 à 30 000 habitants, apparaissent sur la liste des communes pouvant bénéficier des aides de l'Etat. Une centaine font leur apparition, comme Dax (Landes), Foix et Pamiers (Ariège), Guéret (Creuse), Marmande ou Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne). Villers-Cotterêts (Aisne), où le Front national vient de remporter la mairie, y entre aussi.

"C'est la réalité de la pauvreté en France, loin d'être cantonnée aux territoires périphériques des grandes villes, qui apparaît ainsi au grand jour", commente la ministre de la Ville à l'occasion d'une entrevue dans les quotidiens régionaux.

Quelles régions sont sur-représentées ? 

Mais ces poches isolées ne signifient pas pour autant que la pauvreté est répartie sur tout le territoire : le Pas-de-Calais compte toujours 49 communes sur les 700 les plus pauvres, le Nord 46 et la région Ile-de-France plus de 150.

Les zones concernées par la politique de la ville, en Ile-de-France.

En Seine-Saint-Denis, où 31 villes étaient déjà aidées par la politique de la Ville, la commune du Bourget fait son entrée. "C'est la réparation d'une injustice, estime son maire Vincent Capo-Canellas (UDI). Il y a enfin des critères objectifs pour déterminer qui doit bénéficier d'un coup de pouce." Lui se servira des nouveaux crédits pour renforcer les actions de soutien scolaire, d'accès à la culture, au sport, etc. 

Quelle somme d'argent est attribuée à ces quartiers ? 

Les fonds du ministère de la Ville, un peu plus de 300 millions d'euros, ne représentent pas des sommes importantes : de l'ordre de 31 euros par habitant en Seine-Saint-Denis. Mais figurer sur la liste permet aussi de demander à entrer dans le programme de rénovation urbaine doté, lui, de moyens très importants.

Après un premier programme entamé en 2003, qui a concerné 500 quartiers et qui était doté de 12 milliards d'euros de subventions, l'Etat doit lancer à l'automne un second programme avec 5 milliards de fonds publics. En bénéficieront 200 quartiers qui figurent sur la nouvelle carte de la pauvreté  et qui présentent les "dysfonctionnements urbains les plus importants".

La politique de la ville a vocation à s'inscrire dans un "contrat" avec les agglomérations : "En échange de la main tendue de l'Etat aux zones de pauvreté, les collectivités s'engagent à soutenir différents projets (emploi chez les jeunes, création d'entreprises...)", détaille notamment Corse-matin.

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