Michel Guiniot, un "moine soldat" du FN en mission à Villeneuve-sur-Lot

Ce conseiller régional de Picardie dirige la campagne du candidat frontiste, Etienne Bousquet-Cassagne, qui tentera de décrocher un poste de député dimanche. Reportage.

De g. à dr. : Etienne Bousquet-Cassagne, le candidat FN dans la 3e circonscription du Lot-et-Garonne, Florian Philippot, le vice-président du FN, et Michel Guiniot, le directeur de campagne du candidat, le 19 juin à Monflanquin.
De g. à dr. : Etienne Bousquet-Cassagne, le candidat FN dans la 3e circonscription du Lot-et-Garonne, Florian Philippot, le vice-président du FN, et Michel Guiniot, le directeur de campagne du candidat, le 19 juin à Monflanquin. (MEHDI FEDOUACH / AFP)

A Villeneuve-sur-Lot, il ne quitte pas le candidat d'une semelle. Sa simple présence prouve l'importance que le Front national accorde à l'élection législative partielle de la 3e circonscription du Lot-et-Garonne. A 58 ans, Michel Guiniot est l'homme que Marine Le Pen appelle lorsqu'une élection est gagnable. Et le résultat est au rendez-vous : après Florence Italiani dans l'Oise, en mars, ce conseiller régional de Picardie vient de propulser son deuxième poulain au second tour d'une élection législative partielle, en la personne d'Etienne Bousquet-Cassagne, 23 ans. Il affrontera, dimanche 23 juin, le candidat UMP Jean-Louis Costes.

"Marine m'a demandé de descendre après le 8 mai", raconte à francetv info le quinquagénaire, qui se présente volontiers comme le "spécialiste des élections un peu spéciales". Dans un parti qui manque cruellement de cadres expérimentés, ce membre du bureau politique a un CV solide. Adhérent du Front depuis 1988, il a participé à de nombreuses campagnes électorales, comme celle de Marie-France Stirbois à Dreux en 1989, ou celle (victorieuse) de Catherine Mégret à Vitrolles, en 1997. En jeu aujourd'hui, la circonscription de l'ex-ministre du Budget Jérôme Cahuzac.

Le "facilitateur"

Sa présence permet de pallier un autre handicap du parti de Marine Le Pen. Avec zéro salarié et seulement 600 adhérents revendiqués dans le département, le Front manque de main-d'œuvre. Et ses membres ne peuvent pas tous se permettre d'arrêter de travailler pendant un mois. Permanent du parti, Michel Guiniot n'a pas ce problème.

Il accepte également de traverser la France et de vivre un mois à l'hôtel pour le FN. "J’ai pris le parti d’être un moine soldat depuis dix ans. Je fais passer ma vie personnelle après les missions que Jean-Marie ou Marine Le Pen peuvent me confier", explique-t-il. Et il n'a aucun problème à faire campagne loin de ses terres. "Le Lot-et-Garonne, ce n'est pas la Picardie", reconnaît-il. Mais il assure s'être imprégné des problématiques locales en faisant le tour des bistrots pour discuter avec les électeurs. "J'ai peut-être ce don-là, avance-t-il. Jean-Marie Le Pen m'a dit une fois : 'Tu es l'un des rares à savoir travailler la matière humaine.' "

Michel Guiniot, le 19 juin à Monflanquin (Lot-et-Garonne).
Michel Guiniot, le 19 juin à Monflanquin (Lot-et-Garonne). (THOMAS BAIETTO / FRANCETV INFO)

Depuis qu'il a posé ses valises dans la région, le monsieur élection du Front est omniprésent aux côtés du candidat Etienne Bousquet-Cassagne. "Je déjeune avec lui, je dîne avec lui (...) A la fin, il va me détester pendant dix ans", ironise Michel Guiniot qui, plus gouailleur que son jeune et lisse candidat, croit bon de préciser qu'il "ne couche pas avec lui".

Documents de campagne, argumentaires, logistique, agenda, tout y passe. "Il m'aide beaucoup, il est très efficace pour la rédaction des documents de campagne et l'organisation, c'est un facilitateur", confie à francetv info le candidat. Mardi, lorsqu'un problème de livraison s'est présenté, c'est Michel Guiniot qui est allé chercher les tracts pour le second tour à Limoges, à 260 kilomètres de là.

"Etre à ses côtés, c'est une formation puissance 10"

Son rôle n'est pas simplement logistique. Il est également la boîte à arguments de l'inexpérimenté étudiant. "Là, pour le débat, je vais le choper dans la voiture, pour lui dire de développer tel ou tel axe", explique-t-il alors que le jeune frontiste est attendu sur une station locale, Radio 4, pour un face-à-face avec son adversaire UMP, Jean-Louis Costes.

Pendant l'enregistrement, il n'hésite pas à pousser son protégé, qui le cherche régulièrement du regard à travers la vitre du studio de la radio. Et quand ce dernier coince, ou se montre imprécis, il reçoit, même s'il s'en défend, un petit texto avec le bon chiffre ou le bon angle d'attaque sur son téléphone.

Etienne Bousquet-Cassagne et Hélène Collet, responsable du FN à Agen, le 19 juin à Monflanquin (Lot-et-Garonne).
Etienne Bousquet-Cassagne et Hélène Collet, responsable du FN à Agen, le 19 juin à Monflanquin (Lot-et-Garonne). (THOMAS BAIETTO / FRANCETV INFO)

L'impact sur le candidat est flagrant. Emprunté et peu sûr de lui lorsque francetv info l'avait rencontré début mai, Etienne Bousquet-Cassagne a gagné en assurance, même si son discours reste imprécis et truffé d'éléments de langages récités en boucle ("UMPS", "je ne suis ni de droite, ni de gauche, je suis de France"). "Etre à ses côtés, c'est une formation puissance 10", résume l'intéressé lorsqu'il parle de son coach.
 
Quel que soit le résultat du scrutin, Michel Guiniot, qui promet de "mettre KO l'UMP dimanche" 23 juin, n'a pas fini de mettre ses talents d'organisateur de campagne au service du Front national. Comme le racontait Le Point en février, il est l'un des artisans du Campus Bleu Marine, ce dispositif de formation des candidats du Front aux municipales de 2014.